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mardi 4 septembre 2012

Gaza - No Absolutes In Human Suffering





Gaza fait partie de ces groupes que j'ai eu la chance de découvrir en concert. Les américains ouvraient au Glaz'art pour une soirée de douceur en compagnie de Trap Them et Rotten Sound. Un vrai plaisir. Après un set très prometteur j'étais un peu resté sur ma faim en découvrant le versant studio du groupe. Difficile d'y retrouver la hargne du live, d'autant que la seule force brute de leur musique ne dissimulait que très mal le manque d'inspiration et le bourinage facile.

No Absolutes In Human Suffering marque très clairement un cap à ce niveau là. Beaucoup plus accrocheur, le bruit généré par le quatuor émerge du bordel bête des premiers efforts et tend vers un chaos dompté, marqué par une personnalité du groupe mieux définie et plus clairement affirmée.

Plus dense, plus sombre, Gaza balance au passage deux ou trois morceaux de bravoure comme This We Celebrate ou Not With All The Hope In The World (qui dépasse les 6 minutes), prouvant au passage qu'ils se démerdent plutôt bien dans un registre beaucoup plus lent (registre qu'ils exploraient plus auparavant, mais avec moins de bonheur qu'ici.)



C'est précis, ça cogne sec, et c'est sorti fin juillet chez Blackmarket Activities.


 

mardi 24 avril 2012

Pigs - You Ruin Everything






Après Whores., Pigs. Après Ruiner., You Ruin Everything. Et comme pour la chronique précédente, on reste dans un registre de rock noisy sinueux et sale finalement assez proche d'un grand nom du genre : Unsane.

Cette comparaison tout à fait pertinente me permet de retomber sur mes pattes avec grâce en vous apprenant que derrière Pigs on retrouve en fait Dave Curran, le bassiste d'Unsane. Oui, cette chronique est rondement menée. Curran, non content de nous avoir livré un Unsane 2012 que certains ont paraît-il qualifiés de flabistouflant, revient accompagné de Jim Paradise (Player's Club, Freshkills, Hellno) et Andrew Schneider (le producteur de Converge, Cave In, Made Out of Babie et, surprise, Unsane) pour remettre le couvert.

On peut se mettre d'accord pour dire qu'Unsane et Pigs sont deux sales gosses crasseux qui jouent dans la même cour, mais il est clair qu'ils ne jouent pas au même jeu. Moins en retenue que les illustres premiers, Pigs frappe fort et sans détour. Hardcore, punk, poussière, noise, alcool, sludge, stoner, rock, chiffon dans la bouteille, médiator entre les dents et zippo à la main, Pigs jouent à foutre le feu à Big Black et à Shellac. (Je sens le regard sévère d'Albini dans mon dos à chaque fois que j'écoute You Ruin Everythin.)

Pigs nous montre en fait le visage plus groovy et mélodique d'Unsane (dont le dernier effort, Wreck, ne devrait pas tarder à être chroniqué ici-même). Ça sort en vynile chez les français de SOLAR FLARE Records et ça s'écoute juste en dessous : 




mardi 10 avril 2012

Burzum - Umskiptar





Des deux derniers albums de Burzum, (Belus en 2010 et Fallen en 2011) j'avais avant tout retenu la simplicité primitive d'un art brut, comme si Vikernes avait besoin de faire un point sur sa musique après de longues années passées loin d'un genre qu'il a contribué activement à définir. La prise de risque était minime mais ces deux albums n'en prenaient pas moins la forme d'un manifeste. Le Comte Grishnack nous avait d'abord livré un album guerrier avant de peaufiner son propos dans Fallen en amenant ce qui semble être la nouvelle touche Burzum, à savoir de longs passages de narrations, de poèmes récités et de chants clairs.

C'est d'ailleurs ainsi que s'ouvre Umskiptar avec "Blóðstokkinn" et son spoken-word fleuri qui amène tout en douceur l'excellent "Jóln", parfaite extension de Fallen. Un morceau répétitif, mélodique et lent, imprégné de paganisme sauvage qui annonce un album intéressant. Et pourtant, très vite, on s'emmerde. Là où la répétition dans Belus et Fallen servait la musique, ici elle semble vaine et inaboutie. Difficile pourtant de noter une différence cruciale entre la livraison de 2012 et les précédentes, mais quelque chose ne va pas, une connexion nous échappe et on décroche assez vite.

coucou ;))))     © M.C.


Cet album est trop lent. Aucun morceau pris individuellement n'est vraiment mauvais (même si plusieurs sont fortement dispensables). D'ailleurs j'écoute volontiers cet album, mais chaque fois mon attention s'échappe ailleurs, et Umskiptar s'étire jusqu'à n'en plus finir. (Le dernier tiers de l'album est un supplice si l'on essaye de tout écouter d'une traite.) À trop vouloir explorer le côté atmosphérique de son black metal, Vikernes s'est quelque peu égaré et il manque à Umskiptar non pas un supplément d'âme (ce truc dont je parle souvent et qui fait d'un bon album un chef d'oeuvre) mais plutôt d'une flamme.

Je ne parle pas ici de violence ou de colère (qui ne sont pas nécessaires pour faire du bon black metal), disons plutôt que la musique de Burzum manque aujourd'hui d'une feu plus vivace, d'une volonté plus forte. Le concept de vieille europe et de retour aux racines du peuple norvégien tient sûrement très à cœur à Virkernes mais ne se suffit pas. Espérons que le cru 2013 sera autrement plus intéressant.



mardi 20 mars 2012

Arms of Ra - Unamed



Premier véritable album des Parisiens d'Arms of Ra, Unamed fait pourtant déjà preuve de maturité. Sûrement parce que ça fait pas mal de temps maintenant que les mecs peaufinent leur style. C'est donc un AoR changé qui entre dans l'arène, moins charnu, moins rond, un AoR au régime qui a perdu en graisse sludge pour aiguiser un post-hardcore violent et sombre plus perçant.

La prod est limpide, le chant et les guitares gagnent en finesse et en acidité, avec juste ce qu'il faut de crasse pour faire ronronner la basse. Les compo en elles-même sont réfléchies et loin d'être linéaires. On est face à de longs morceaux riches en rebondissements qui ne tombent jamais dans la complexité gratuite. Disons simplement que les mecs ont travaillé leur metal pour nous sortir 6 titres de qualité égale, sans bâcler le cœur de l'ouvrage. C'est d'ailleurs sur l'avant dernier titre, alors qu'on pourrait commencer à un peu se faire chier, qu'Arms of Ra lâche un Write my name and forget it fiévreux (mon petit morceau préféré hihihi) qui bouleverse le metal du groupe en y injectant une dose de screamo fort à propos.

J'ai longtemps cherché un défaut à Unamed, et je pense avoir trouvé. Paradoxalement, ce petit bémol est aussi ce qui fait de ce disque une réussite : il est tourné de trois-quarts vers le passé. Je pense parfois à Unsane, à la fin des 90, au screamo et au hardcore du début des années 2000, sincère, intelligent, mais aujourd'hui noyé par la vague noire de groupes ronflants baignés dans le black metal. Arms of Ra, en maintenant un cap quelque peu désuet, parvient en fait à sortir du lot et à se faire remarquer. Me gusta.

Ça sort sur Swarm of Nails et ça s'écoute/achète/télécharge gratuitement :


vendredi 21 octobre 2011

Death Grips - Exmilitary




I AM THE BEAST I WORSHIP


Bricolage hip-hop assemblé au scotch noir dans le mini-van d'un rôdeur des bas-côtés, la musique de Death Grips s'auto-mutile en serrant les dents, amaigrie par les privations, par la colère et la fièvre. L'avant -garde en treillis fracasse la FM en hurlant dans une boîte de conserve rouillée, appelle à la guerilla sale et pénible. Pensez à M.I.A régurgitée par un Saul Williams des township, ou peut-être à l'oncle pervers noir sous les ongles de Tyler, the Creator. Ça brait, chien, ça se parfume avec l'essence du punk et ça craque une allumette. Haine des flics, rituels antédiluviens, réflexions métaphysiques, tout se brasse et se recrache avec la même férocité. Hardcore insurmontable. 


I AM THE BEAST I WORSHIP


 En téléchargement ici.

L'écoute en streaming est dispo ici : 
Death Grips - Exmilitary by deathgrips



jeudi 7 juillet 2011

Book of Black Earth - The Cold Testament



Encore un album qui fait ressortir chez moi cette petite schizophrénie qui démange. Encore un album qui va venir fissurer mon âme déjà malmenée, pour me faire dire tout et son contraire en moins de temps qu'il n'en faut pour écouter ce Cold Testament. (soit 36 minutes)

Le death metal mélodique a cette fâcheuse tendance à décevoir. Depuis que les mecs d'In Flames et de Darkest Hour se sont égarés on ne sait trop où, depuis qu' Amon Amarth est coincé sur son Drakkar, bref depuis un bout de temps. Ici le death mélodique, ce petit frère fragile et un peu précieux, est encastré dans une grosse armure de brutalité, cuirasse black, heaume en metal et bannière hardcore, autant dire qu'il est bien équipé. Oh, l'exécution est parfaite, la production à la fois raw et propre, comme on l'aime, et on se prend à secouer la tête plus que de raisons à chaque morceau, torse nu, le poing brandi, les flammes de l'enfer léchant nos jambes musclées mais gracieuses. Le metal n'est qu'amour. Au milieu de toute cette violence, des riffs mélodiques donc, et c'est là que ça part en noisettes.
 On ne peut s'empêcher, à un moment ou l'autre, de se dire que certains riffs sont quand même foutrement simplets. Que ça sent fort le gros barbu bas du front qui essaye de faire un "passage mélodique", efficace, toujours, mais tellement basique que mon groupe au lycée faisait déjà bien mieux. (On s'appelait Buried Alive, je jouais de la basse, tu nous aurais kiffé).
C'est forcément dommage de se faire chopper en plein vol, alors qu'on y croit, qu'on air-blast comme un goret, et qu'un sous-riff vient nous cueillir comme ça, sans prévenir.
Je sais bien que ce n'est pas Dream Theater (DIE DIE DIE YOU FAGGET) et qu'il ne faut pas s'attendre à des sommets de subtilité avec un groupe de blackened-death, mais tout porte à croire que ces mecs au potentiel monstrueux sont un peu paresseux, et on espère que le prochain sera un peu plus ambitieux.

Ma schizophrénie me force à rajouter que si tu as une voiture, ou si tu prends le métro, ou si comme moi, tu en veux à la Terre entière et à toutes les larves qui la recouvrent, cet album est parfait.

Maintenant chausse ton dentier et prends ça :



vendredi 1 juillet 2011

Planks - The Darkest of Grays/Solicit to Fall


Je crois qu'on la tient la hype des bas-fonds de 2011. Déjà bien frémissante l'année dernière, la bête se dévoile dans la niche graisseuse d'un hardcore/sludge chaotique, empruntant au black metal une imagerie, des ambiances, parfois même un peu plus. Un post-metal noir et varié bâtisseur d'édifices massifs moins monolithique qu'il n'y paraît. Tombs, Alpinist, Baptists, ils sont nombreux à marcher sous la même bannière mais tous pourtant parviennent à sortir du lot. Tous non, il est vrai qu'avant de tomber sur ce Planks, j'ai dû bouffer pas mal de groupes mineurs, sous-Neurosis faussement tumultueux et plus chiants les uns que les autres. Il faut cependant reconnaître que le genre nous fournit depuis quelques mois de nombreuses (et bonnes) surprises. Encore une fois c'est chez Southern Lord qu'il faudra aller voir pour trouver l'album sorti en 2010 ainsi que l'EP sorti cette année regroupés sur un même CD.

Planks donc, est différent. Déjà ils sont allemands, ça compte. Ensuite, si l'influence des désormais momifiés Isis, Neurosis etc. se fait sentir, c'est pour mieux servir l'émotion qu'ils injectent à leurs phases purement hardcore, ce qui est loin d'être le cas pour d'autres groupes actuels qui semblent décidément ne pas se remettre de la déferlante postcore. La musique de Planks est ample et profonde mais toujours sensée, et le riffing alterne grosses bourrinettes et mélodies plus complexes sans faillir. Si l'album s'impose par sa lourdeur, l'EP met lui à l'honneur des titres plus véloces tout aussi réussis. Le chant quant à lui est -comme souvent- un growl classique, typique des groupes de postcore, ce qui pèche un peu sur la longueur mais qui reste tout à fait supportable.

The Darkest of Grays/Solicit to Fall s'impose comme la facette la plus postcore de cette vague de post-metal contemporaine, en apportant aux bases de ces aïeux une noirceur et une rage nouvelle.


jeudi 21 avril 2011

Kvelertak - Kvelertak



Il est l'heure de reparler du phénomène. Si tu m'aimes beaucoup et que tu as décidé de relire tous les articles de ce blog depuis le commencement, tu te souviens sûrement d'un post sur Kvelertak, il y a un peu moins de 2 ans. À l'époque malheureusement, pas d'album à me mettre sous la dent, j'avais juste évoqué le "black metal- and thrash-inspired punk rock, with a pop-oriented approach" (c'est eux qui le disent) des norvégiens, en espérant avoir rapidement quelque chose de concret. C'est fait aujourd'hui, et bien fait. Pas de surprises, c'est bien le groupe qu'on avait laissé il y a 2 ans : fondations hardcore-punk, revêtement black metal et laque rock'n'roll. Le tout produit, une fois n'est pas coutume, par Kurt Ballou. 


On pouvait espérer une empreinte black metal plus marquée que ça, notamment à l'écoute des premières démos, mais on gagne ici en efficacité ce qu'on perd en violence. Kvelertak est un groupe solaire, à l'image de Baroness ou Torche, qui tabasse avec le sourire, bonne ambiance, tsé. On fait du metal entre potes, en famille. On retrouve d'ailleurs Hoest (Taake) et Ryan McKenney (Trap Them) derrière le micro.

On préféra mettre de côté l'étiquette de necro'n'roll pour leurs comparses de Lydia Laska (dont le premier album sorti l'année dernière chez Duplicate Records ne m'est toujours pas parvenu, mais qui fera à coup sûr l'objet d'une chronique) y préférant celle d'un blackened hardcore rutilant.