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mardi 15 mai 2012

Crocus - Our Memories Dress Me In A Dead Lust





Crocus joue le screamo que joueraient aujourd'hui les anciens membres d'Orchid s'ils étaient liés de manière incestueuse et un peu sale avec The Fall of Troy et Beau Navire. Le talent des premiers pour agréger ultra-violence et mélodie aiguisée dans un seul riff, confronté aux arpèges jazz des espiègles seconds, sans jamais se départir du flegme délicat des derniers. 

J'avais longtemps cherché le frisson d'Orchid dans les nouveaux projets des anciens membres du groupe culte de la scène screamo, mais ni Ampere ni Panthers n'ont su retrouver ce que Crocus semble posséder sans effort, à savoir ce riffing aigu bien particulier et cette violence débridée qui entraîne chaque couplet dans une tempête de caisse claire.

Malgré les appels flagrants à Orchid ou Pg.99, les anglais savent marquer cet album d'une touche personnelle, et notamment par la richesse du jeu des guitares, la précision de la batterie malgré le chaos quasi-permanent, et un mix au poil qui laisse entrevoir la basse juste ce qu'il faut. Compact, maîtrisé, ça sort chez Holy Roar Records et ça s'écoute juste là : 




lundi 13 février 2012

Cold Body Radiation - Deer Twilight



Black metal is the new black. Les corpsepaint pullulent, Pitchfork dissimule difficilement son érection à l'évocation de Liturgy et toutes les filles de bonne famille s'initient à Darkthrone pour ressentir le frisson de l'interdit originel que provoquèrent à une époque les déhanchements d'Elvis. Loin de l'élitisme et du trvisme qui animent encore pas mal de ses amateurs, le black metal entre depuis quelques années dans une phase nouvelle. On pourrait en écrire des pages, argumenter sur les effets positifs ou non de cette dissolution du sens et des valeurs premières qui étaient partie prenante de cette musique tout à fait particulière. Mais en tant que passionné, l'envie de vous faire découvrir de la bonne musique passe avant ce petit pincement au cœur que je ressens quand je vois un pan non négligeable de mon identité musicale jeté en pâture aux infidèles, pour le pire mais aussi parfois pour le meilleur.
C'est pourquoi, si le black metal vous intrigue vraiment, et si vous souhaitez vous initiez doucement au mouvement le plus riche et le plus complexe du metal moderne, je ne peux que vous conseiller de suivre les jeunes Lave Noire, entité bicéphale ayant pour but la promotion du metal noir au travers des Internet. #winkwink

Et c'est là que Cold Body Radiation rentre en piste. Ce groupe est l'incarnation de ce que j'évoquais plus haut, à savoir la dissolution du black metal dans d'autres genres, d'autres voies. Chez Cold Body Radiation, un one-man band néerlandais, on a décidé de faire du post-rock pour amateur de black metal. Ou l'inverse. Toujours est-il que les premières écoutes m'ont laissé perplexe. Deer Twilight est un bon album de post-rock shoegaze mélancolique, maîtrisant à la fois les longues phases aériennes comme les saillies un peu plus véloces. Alors pourquoi cette classification black-metal quasi-systématique ? Tout d'abord car le premier album de CBR (The Great White Emptiness, 2010) en était nettement plus inspiré, ensuite parce qu'on retrouve en effet, parsemé sur l'album, quelques phases de blast et de chant hurlé indéniablement black metal, noyées par les guitares shoegaze et les violons. N'étant pas un grand amateur de post-rock des bois fleurant bon les oiseaux et l'ennui, j'ai construit mon écoute de cet album autour de ces moments de violence (tout du moins d'emballements) pour finalement me retrouver complètement sous le charme.

 Les 2 premières pistes sont trompeuses, avec leur post-rock bien foutu, assez intelligent pour s'énerver un minimum, comme savait si bien le faire Mogwai. Le black metal pointe le bout de son nez avec The Night Reveals et son riff roi qu'on croirait tout droit sorti du dernier Alcest et l'apparition d'un discret chant black. Plus franc encore, A Concept Of Forever, qui amène pour la première fois une véritable rythmique et une construction black metal même si l'état d'esprit lui, conserve ce côté lumineux et mélancolique qui baigne tout l'album. Cold Body Radiation garde du black un sens de la mélodie ainsi que la détresse, le désespoir du chant. On oublie les racines de cette musique, on oublie le côté grim et necro qu'on aime tant pour saisir un autre élément fondateur du black metal à savoir le mélodieux et l'épique : une autre manière de rendre hommage au metal noir.


vendredi 9 septembre 2011

Youth Lagoon - The Year Of Hibernation

 

Avec Youth Lagoon on risque d'en prendre pour un sacré bout de temps, jusqu'à l'écœurement, alors autant en profiter maintenant, quand le charme désuet de ces petites chansons flotte encore dans une dimension étrange, insaisissable. C'est presque inévitable, on s'en doute tous plus ou moins, la pop lo-fi du jeune homme de Boise est vouée à s'étendre, à grandir. Elle tient en elle cet étrange paradoxe, relevant à la fois d'un amateurisme et d'une innocence confinés à la chambre d'un enfant blafard, tout en se déployant sur de longues nappes dont l'immensité n'a d'égal que la grâce hantée. YL rappelle en cela certains aspects du Cerulean de Baths, micro et macro, ainsi que dans l'omniprésence d'un feeling organique (ça faisait longtemps) qui sent bon l'humus et les haut-plateaux. Les petites structures décharnées et froides s'étoffent, mutent vers le shoegaze, vers une dream-pop soutenue par la voix sous reverb d'un jeune type de 22 ans qui pourrait en avoir 16. La beauté de The Year of Hibernation est d'une telle évidence et d'une telle pureté que je vois mal comment vous pourriez vous permettre de passer à côté. Must-hear.





jeudi 7 juillet 2011

Der Blutharsch - Flying High (2009)



Suite et fin de la rétrospective Der Blutharsch avec le dernier album en date, Flying High qui, une fois n'est pas coutume, rompt considérablement avec son prédécesseur.

The Philosopher Stone était une pierre de plus à l'édifice que tente de construire le nouveau Der Blutharsch, il confirmait la direction choisie par le groupe depuis plusieurs années en renforçant le "son" DB, et en en posant certaines balises. Sur FH, Julius continue à explorer cette nouvelle facette psychédélique en inspectant cette fois un aspect plus mystique de son rock halluciné. La musique se ralentit, et les guitares, bien que toujours présentes, jouent plus la carte de la subtilité ou de l'ascension post-rock sinueuse que celle du mur du son. FH est une étrange expérience, un opaque nuage opiacé qui défait les structures pop pour livrer des morceaux planants, piochant dans le garage 60's, le trip cosmique du Krautrock et la sensibilité folk. La musique de Der Blutharsch a la particularité de véhiculer à la fois tout le passif tourmenté du groupe, des textes souvent sombres, des atmosphères inquiétantes, et de les assembler, de les greffer à une nonchalance épicurienne solaire, un feeling stoner tellement perché qu'il en devient insaisissable. Julius est parti très très loin et ça va être bien difficile de le rattraper.

Notez le tag "Rétro Der Blutharsch" qui vous permettra de trouver d'un clic d'un seul tous les articles. 

(Là je te poste le meilleur morceau de l'album, c'est notre petit secret)


Der Blutharsch - V by thelightcarrier

mercredi 6 juillet 2011

Der Blutharsch - The Philosopher Stone (2007)



En septembre 2009, je m'étais lancé dans une rétrospective Der Blutharsch que je n'avais jamais pris le temps de finir. Motivé par l'arrivée imminente d'un nouvel opus du groupe autrichien, je me suis dit qu'il était temps de reprendre cette tentative un peu vaine de définition de l'entité Der Blutharsch là où je l'avais laissée, à savoir en pleine mutation.

Aucun des albums de Der Blutharsch ne ressemble au précédent, et ce depuis les tous premiers enregistrements du groupes, mais, malgré ses différences, The Philosopher Stone s'inscrit parfaitement dans la continuité de When Did Wonderland End?.  C'était déjà clair sur ce dernier, Julius et sa bande étaient parvenus à transvaser toute leur personnalité, leur aura, de l'indus vers le rock'n'roll.  
TPS continue donc à sculpter le nouveau son Der Blutharsch, tout en nuances, amalgame brumeux de rock noir psychédélique et de folk-pop plantureuse. Les chansons sont courtes, répétitives (sans doute un reste de la période martiale de DB) et pourtant très riches. Sur une boucle rythmique et une basse charnues se développent des lead de guitares fuzz, d'orgues 60's, enluminés d'arrangements folk (flûte, violons, tambourin...) et soutenues par un chant que se partagent les différents membres du groupe : complaintes lascives, psalmodies quasi-méditatives, chœurs etc. Apparaissent aussi des touches électroniques discrètes, quelques beat indolents qui se mêlent parfaitement à l'ambiance générale du disque.
Julius a peut-être réellement trouvé sa Pierre Philosophale, celle qui transforme tout en or, celle qui permet à un mec de faire du rock'n'roll sans tomber dans l'illusoire et la futilité, celle qui lui permet aussi de revenir tous les 2 ans avec un grand album.


Der Blutharsch - II by thelightcarrier

samedi 6 février 2010

Barn Owl - The Conjurer

 http://cdn.imposemagazine.com/__data/barn-owl-the-conjurer-lp.1.jpg

Il semble qu'Earth fasse des émules, quel que soit le style dans lequel le groupe de Dylan Carlson évolue. Vénérable ancêtre d'un drone monolithique et à l'origine de la déferlante Sunn O))), ils avaient su, avec Hex et The Bees Made Honey in the Lion's Skull, puiser dans l'americana fantomatique pour réinventer leur musique.
Il ne fait aucun doute que Barn Owl s'inspire, tout du moins s'inscrit dans la même veine désertique et crépusculaire. On retrouve ici de longues plages d'un drone-rock squelettique et inquiétant, avec cette même sensation qu'à l'écoute de la bande originale de Dead Man. Comme si, tout comme Neil Young à l'époque, le groupe avait réussi à saisir l'ensemble des nuances d'un spectre allant de la cérémonie chamanique Apache à la procession funéraire bancale, de la langueur hallucinée d'un mangeur de peyotl à la nonchalance d'un vieux charros. Plus sombre que les dernières sorties d'Earth, The Conjurer oublie parfois son jeu de guitare, pour s'égarer dans d'obscures contrées ambient, faites de larsens soutenus par des cordes, un piano ou des chœurs monotones évoquant les mantras de moines tibétains, conférant à cette country malade un ton oriental marqué. (On croit même distinguer du tanpura par instant).  Quatre longs titres comme une bande originale parfaite d'un triste western contemplatif...


vendredi 11 septembre 2009

Caldera - Mist Through Your Consciousness



Eh non amis gamerz, Caldera n'est pas qu'un village du nord de Balmora. C'est un groupe nancéen aussi. (C'est aussi un groupe de hardcore belge, mais osef). Ce ne sont pourtant pas les chroniques de ce Mist Through Your Consciousness qui manquent. Et les étiquettes. Chacun y va de son post-doom et de son proto-stoner. C'est qu'il n'est pas facile de les caser les barbus. Si les premières démos permettaient encore au groupe de s'inscrire dans une tradition stoner bluesy plutôt classique, MTYC complique la donne. Alors oui, le groove stoner est toujours là, on se mange encore des boucles de riffs plombés dans les dents, mais il y a ici bien plus. La base de Caldera, ce sont ces arpèges clairs qui s'entremêlent et se boursouflent, prennent du grain et tabassent. Ces riffs qui s'étendent, s'alourdissent et s'essoufflent, plaçant l'auditeur sur la brèche, toujours dans l'expectative. Les titres se déploient doucement et prennent de l'ampleur, tous portés par une capacité à susciter des images et un souffle épique forestier et sauvage. C'est sombre, c'est beau, ça sent l'humus et c'est surtout très bien produit. La batterie (avec derrière les fûts un ancien Aenima, vous vous souvenez, les Hippie Hunter) est bluffante avec un jeu tour à tour (brigand) ciselé et impétueux. Finalement, la musique de Caldera n'a rien de bien fou, juste une capacité à viser juste, dans l'émotion et dans la fougue. Il suffit de passer ce cap psychologique du "post-rock instru casse burne" et de se laisser happer.

http://www.myspace.com/caldera666 


Rectifificatif  : Les principaux intéressés nous font savoir que non, ce n'est pas le batteur d'Aenima sur ce dixe. My mistake.