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jeudi 18 octobre 2012

Cut Teeth - Televandalism




C'est comme si la verve basse et nauséeuse d'Unsane avait décidé de quitter New-York pour Chicago. Au passage elle a arrêté de bouffer, enfilant de surcroît les guenilles d'un vieux punk braillard. On n'est pas loin de la division pénible et sans retenue de Fugazi par These Arms Are Snakes, toujours avec la carne des guitares des New-Yorkais susnommés. Frontal, direct, le quatuor fait du punk-rock en choppant la pop au garrot pour la faire cracher ce qu'elle a de plus essentiel : ses tripes.


J'aurais pu vous balancer la longue liste de groupes auxquels appartiennent les mecs de Cut Teeth mais je n'en connais aucun. Tout ce que je sais c'est que vous ne devez en aucun cas passer à côté de cet EP sorti en juillet dernier chez Topshelf Records.

Vous pouvez l'écouter en intégralité sur leur bandcamp ou vous faire une petite idée juste en dessous :


lundi 1 octobre 2012

Beastmilk - Use Your Deluge




Sans s'attarder trop pesamment sur le line-up de Beastmilk et ses origines glaciaires, laissez moi vous préciser néanmoins que si je vous parle aujourd'hui de cet EP, c'est principalement pour la présence en son sein d'un certain Mathew McNerney/Kvohst, âme tortueuse lovée derrière Dødheimsgard, Code et Hexvessel.

Je voue depuis quelques semaines et bien malgré moi un culte extatique à la voix de cet anglais délocalisé dans les terres du nord, ce qui m'a poussé à fondre sur ce court EP, l'œil hagard et l'esprit critique en berne.

Remisés chez Beastmilk, le folk d'Hexvessel. McNerney retrouve ses potes d'Helsinki dans la batcave pour un petit jam où deathrock et post-punk portent sur leurs épaules voûtées le poids d'une noirceur mignonne, innoffensive à vrai dire, celle d'une dark-pop en somme.

Forcément infusée dans la mélasse d'années sacrifiées au métal noir, la musique de Beastmilk suinte les accords mineurs, les guitares lancinantes coupantes comme le blizzard mais planquée derrière la chaude basse et la batterie volontaire. De grandes lames de Christian Death, de Joy Division, de Southern Death Cult et d'horror-punk divers, un peu de Djerv aussi dans l'aspect le plus rock et métallique.

Paradoxe d'une section rythmique au groove chaleureux parachutée dans les profondeurs, transie sous l'épaisse couche de glace bleue du chant et des guitares. D'aucun parlerait d'un pan gothique à cette musique sombre et délicate, mélancolique aussi comme sur Children of the Atom Bomb.

Sorti chez Svart Records et en écoute ici. 

mardi 27 mars 2012

Maska Genetik - Strada





Si vous vous équipez d'une torche et d'un harnais, vous pourrez descendre en rappel dans les profondeurs de foetusfoetus afin d'y trouver des traces de mon amour inconditionnel pour Galakthorrö. Ce label allemand fondé en 1993 par Monsieur et Madame Arafna explore les méandres de l'indus et du power-electronics avec une exigence rare. On y trouve évidemment Haus Arafna et November Növelet, les deux projets du couple, mais aussi Herz Jühning, Karl Runau, Subliminal et donc Maska Genetik.

Tous ces projets semblent en fait décliner la musique de la maison Arafna. Ce power electronics à la fois charnel et mécanique, scientifique et organique, cet indus faussement serein qui vire au noise sans qu'on s'en aperçoive. Tout ce mélange étrange façonne depuis 20 ans l'identité du label qui tient en fait plus du collectif que de la maison de disque. C'est d'ailleurs en entendant les premiers travaux de November Növelet qu'Amon Radek raccroche sa basse et se lance dans Maska Genetik.

Après Quarantine, son premier EP sorti en 2006, on avait un peu fait une croix sur le projet moscovite. Le label laissait entendre que le Russe avait tout arrêté, que cette pop électronique angoissée l'entraînait sur de bien sombres chemins et que pour survivre il avait simplement arrêté la musique. #ambiance

Strada n'est donc pas à proprement parler un nouvel album mais plutôt un recueil des derniers morceaux de Radek (ainsi que de quelques pistes plus anciennes, précédant Quarantine), n'ayant jamais vus le jour, retenus dans les tiroirs par le perfectionnisme total de leur créateur. Heureusement pour nous ces 12 morceaux osent ramper vers la lumière et venir nous serrer dans leur petits bras glacés.

Pas de surprise à l'écoute de Strada, l'empreinte fantômatique du couple Arafna est plus présente que jamais, dans les larsen parasites, le phrasé scandé, les basses mécaniques et redondantes. On perd cependant le versant le plus pop de Maska Genetik pour un résultat plus sombre et torturé qui tient plus des morceaux indus bruyants de Haus Arafna que de November Növelet. Malgré tout, et c'est là le génie des projets de Galakthorrö, le bruit et l'horreur mènent à la danse, à la lente ondulation d'un para-militaire mélancolique en cagoule de cuir qui aurait pris trop d'antidépresseurs. (Si ça te donne pas envie.)

Cet album est le premier et sans doute le dernier d'Amon Radek, et c'est très bien ainsi. On saura se contenter de ce superbe morceau de charbon.


mardi 6 mars 2012

The Drums - Portamento



Je vais essayer de ne pas prendre de chemins détournés pour vous parler du second album du trio (anciennement quatuor) de Brooklyn. Leur premier album sorti en 2010 était déjà un recueil lumineux de tubes indie-pop d'une évidence effarante. Déjà à l'époque le doux halo ensoleillé de surf-music se défaisait pour laisser apparaître une mélancolie (quelque peu larmoyante) remuant à la fois les Smiths, Joy Division et Gang of Four. Portamento, sorti en septembre dernier, est, si on en croit les ventes, passé un peu inaperçu. Et c'est un tort.

Portamento, à l'image de l'effectif du groupe, semble marquer un rétrécissement, un repli sur soi-même. Moins flamboyant et solaire que The Drums, il voit la noirceur des paroles du premier opus contaminer un peu plus la musique et l'ambiance générale. Vous ne trouverez pas de tube enjoué sur Portamento, pas de machine de guerre, du genre de celle qui passe bien dans une pub pour voiture. Sans tomber totalement dans la complainte lancinante, le trio parvient à équilibrer la pop enjouée de ses débuts et ce côté adolescent émo et très triste. Amours déçues, amis disparus, Portamento est un journal intime de teenager, énervant et cliché donc, mais aussi foncièrement vrai et touchant (on est tous passés par là.) La rebellion inhérente à l'adolescence trouve sa place dans la contestation de l'Église et de la religion, ce qui ne fait jamais de mal. #invertedcross #d4rk

« And I believe, that when we die, we die... »

J'ai dit que je ne prendrais pas de chemins détournés, alors voilà : cet album est un chef d'œuvre qui vient parfaire la belle ouvrage de son prédécesseur. Chaque piste porte en son sein un petit drame, une grande affaire qui se joue dans un détail, un sifflement, un basculement synth-pop ou l'apparition d'un saxophone.
Quand on en vient à parler de pop, mon critère premier repose dans l'évidence des morceaux et des mélodies. Pas leur simplicité mais plutôt cette sensation d'avoir écouté l'album toute notre vie, et ce dès la première écoute. Le premier album des Smiths en est un bon exemple, tout comme l'est le premier album des Strokes. Rajoutons donc à cette liste le dernier album de The Drums (et aussi le premier tant qu'on y est).




lundi 20 février 2012

Mondkopf - Ease Your Pain



Après l'immense Rising Doom l'année dernière, violente charge d'electro dark qui empruntait à l'EBM sa force et sa puissance tout en y insufflant un univers et une délicatesse qu'on lui connaissait déjà de Galaxy Of Nowhere, Mondkopf revient avec un court EP qui enfonce le dernier clou et scelle définitivement le tombeau. Entre les grésillements nerveux du power electronics, les arrangements gothiques et les martèlements techno, Mondkopf continue à tracer une drôle de voie sinueuse pleine de cervidés majestueux, de filles diaphanes et de cérémonies occultes. Avec deux titres originaux et un remix, on a tout juste de quoi se souvenir que ce mec est un sombre génie et que son techno-doom de chouette hulotte va rester nous hanter.

Avant de vous lancer l'EP, petit rappel visuel avec le clip de Song of Shadows :


 


vendredi 9 septembre 2011

Youth Lagoon - The Year Of Hibernation

 

Avec Youth Lagoon on risque d'en prendre pour un sacré bout de temps, jusqu'à l'écœurement, alors autant en profiter maintenant, quand le charme désuet de ces petites chansons flotte encore dans une dimension étrange, insaisissable. C'est presque inévitable, on s'en doute tous plus ou moins, la pop lo-fi du jeune homme de Boise est vouée à s'étendre, à grandir. Elle tient en elle cet étrange paradoxe, relevant à la fois d'un amateurisme et d'une innocence confinés à la chambre d'un enfant blafard, tout en se déployant sur de longues nappes dont l'immensité n'a d'égal que la grâce hantée. YL rappelle en cela certains aspects du Cerulean de Baths, micro et macro, ainsi que dans l'omniprésence d'un feeling organique (ça faisait longtemps) qui sent bon l'humus et les haut-plateaux. Les petites structures décharnées et froides s'étoffent, mutent vers le shoegaze, vers une dream-pop soutenue par la voix sous reverb d'un jeune type de 22 ans qui pourrait en avoir 16. La beauté de The Year of Hibernation est d'une telle évidence et d'une telle pureté que je vois mal comment vous pourriez vous permettre de passer à côté. Must-hear.





mercredi 16 mars 2011

Radiohead - The King of Limbs



 Avant même sa sortie, avant même une première écoute, un frisson a fait tressaillir les réseaux sociaux et les autoroutes encombrées des internettes : le dernier Radiohead est mauvais. Depuis, les chroniques sauvages se multiplient, on parle de face-b, de chutes studio, d'album insignifiant, de retour raté (mais payant). Un acharnement presque violent qu'on peut comprendre : Radiohead est devenu incontournable et les bouffées asphyxiantes du buzz donnent la nausée.

Pourtant, du haut de mon donjon, assis dans mon fauteuil de cuir, caressant d'une main gantée un chat persan, je ris. Je ris et me moque, hilare, pensant à tous ceux qui ne comprendront jamais ce disque. Pensant à tous ceux qui ne parviendront pas à déceler le fourmillement de cette pop microbienne, bridée, ornée de toute part, du rococo en dedans, du baroque inverti. Tous ceux qui se demandent "quand est-ce que ça décolle?" Mais mec, pas besoin de décoller quand tu planes déjà. Tu me suis? La toile Radiohead est peinte depuis longtemps. Le gros œuvre, c'est fini, maintenant place au détail. C'est vrai que l'ampleur du geste s'en ressent,  mais c'est le prix à payer quand on cherche à atteindre l'épure, le sublime. D'ailleurs, épurer n'est pas appauvrir, loin de là. Deux touches d'afro-beat, une guitare sèche et des pulsations étouffées, un piano, 3 accords, quelques samples inversés, the King of Limbs regorge de variations, de tentatives, de chemins à suivre. Aujourd'hui, j'ai suivi le sentier tortueux de la basse, le squelette de cet album, magistrale de l'éclosion du rêve (Bloom) au réveil brutal (Separator). Demain je prendrai les pistes herbeuses et effrayantes des guitares... Radiohead s'apaise, mais n'en reste pas moins un groupe torturé, un groupe d'enfants rêvant de forêts infinies, un groupe de gosses  qui croit aux monstres.

Je ris, face à l'évidence de ce disque, face à la simplicité qui effraie, face à cette micro-pop boisée, qui dresse des créatures dans la mousse, nous conte des guerres, des civilisations entières, dans la transparence d'une boîte de Petri.




lundi 8 mars 2010

Pantha du Prince - Black Noise


http://lavideotheque.files.wordpress.com/2010/01/pantha-du-prince_blacknoise.jpg


Quand on en vient à parler musique, mes amis (je vous hais tous btw) m'affublent de deux surnoms. Ayathollah du rock'n'roll et Nazi élitiste chronic'art. Si seulement ils savaient... Loin d'être élitiste, je suis exigeant, et encore, certains trouvent sûrement ce blog un poil trop mainstream. Pantha du Prince dans tout ça? Eh bien le petit Pantha s'est pris une vilaine fessée dans le Chronic'art du mois dernier. Si je suis assez souvent en phase avec leur ligne éditoriale, je dois admettre qu'en musique je les trouve un peu mou du genou les gaillards. "Connectés" certes, voire même un poil trop "branchés". Du coup, voir un album à la si belle pochette (qui, je ne vous le fais pas dire, sent bon la sève de pin, le clapotis paisible blablabla) se faire humilier par Olivier Lamm, ça m'a quelque peu intrigué. Et j'ai bien fait, croyez-moi car ce disque est fantastique. Alors oui Olivier, je t'entends déjà (je sais que tu me lis frippon) me disant que je ne connais rien à la scène techno minimal de Detroit, que je ne connais pas les travaux antérieurs de PandiPantha, soit. Je ne connais d'ailleurs rien à la scène techno tout court. J'ai écouté Pills quand j'étais au collège (et encore j'ai jamais vraiment compris ce que ça faisait sur ma compil total techno 1999) et plus tard Plastikman. Et puis c'est tout. Alors pour toi Olivier, Black Noise est un gâchis gluant et emmerdant? Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, j'ai aimé l'apparition de basses caoutchouteuses rebondissantes qui m'ont rappelées le Rebotini analogique de Music Components, j'ai aimé ces hi-hats discrets, piste de danse en mode cocooning, repliée sur elle-même. Même les morceaux qui me semblaient mal engagés (Satellite Sniper) trouvaient un souffle en se dévoilant. Peut être pas un souffle mais un soupir, car cette musique n'est pas que minimale, elle est aussi miniature (rien de péjoratif ici). Nous ne flottons pas dans l'espace mais dans une goutte d'eau. Comme une goutte d'encre noire tombée dans un verre d'eau. En me renseignant un peu sur Black Noise, j'ai appris qu'Hendrik Weber s'était isolé au beau milieu des Alpes Suisses pour enregistrer du matériel sonore qui lui a servi à créer. Créer quoi? Une musique aquatique et (attention ça rime) organique comme une transe primaire, avant même que l'homme ait eu des pouces opposables, à l'époque où on rampait encore dans les eaux sombres de nappes phréatiques, avant même qu'on ait nos petites nageoires. Rien que des petites étincelles de vies luminescentes au milieu d'une immensité obscure.