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lundi 10 septembre 2012

Hexvessel - No Holier Temple






J'aurais pu l'année dernière chroniquer le premier album de Hexvessel, Dawnbearer. Aveuglé par le Malin, j'avais préféré garder pour moi cet album qui était malheureusement passé à la trappe. Un tort que je vais tenter de rattraper ici avec No Holier Temple, nouvel album du groupe finlandais tout aussi réussi que son prédécesseur. 

Hexvessel est un projet de neofolk psychédélique mené par le plus finlandais des britons, Mathew "Kvohst" McNerney, qu'on connait mieux pour le poste de chanteur qu'il occupe au sein du groupe de black metal avant-gardiste Dødheimsgard. La musique de son nouveau projet est à l'image de son line-up fourni (ils sont 8) et il est bien délicat de dessiner les contours d'Hexvessel d'une ligne claire. 

Le socle premier du groupe est taillé dans un folk primitif et ésotérique duquel poussent de longues excroissances psyche. Première constatation, ces excroissances ont bien poussées et l'orgue se joint aux guitares pour consolider la facette rock du groupe. D'ici, No Holier Temple erre vers le doom, la country, le blues, sans jamais se départir de sa grâce et de son homogénéité. 

La richesse et le foisonnement de l'album ne gâtent en rien sa subtilité. Une belle réussite tant les détails foisonnent, et tant cet album aurait pu s'apparenter à un amas étouffant et bordélique. À la manière de Matt Elliott, Hexvessel parvient à fondre dans sa cérémonie animiste les mélancolies slaves, italiennes et américaines, toutes tendant vers le folk électrifié des Finlandais. 

Les arrangements et les chœurs, extrêmement travaillés, restent naturels et évidents. On ne sort jamais de cette beauté de brindilles et de mousses, où la perfection et la maîtrise semblent bricolés. Un sentiment qui tient sûrement au fait que la prod organique fait écho aux prod rock 70's.

Autre point fort pour Hexvessel, la voix de Mc Nerney. C'est le dénominateur commun qui balise le sentier (un peu surprenant parfois) qu'est No Holier Temple et une belle démonstration du talent protéiforme de Kvohst.

Ce second album est une église à ciel ouvert, un temple vert dressé au cœur de la forêt, qui méritera sûrement plus qu'une écoute distraite pour livrer tous ses secrets.

Sortie prévue chez Svart Records le 14 septembre. En attendant, l'album s'écoute ici.


mardi 11 octobre 2011

Wolves in the Throne Room - Celestial Lineage



 Je n'ai pas le choix, je dois m'en libérer maintenant pour que vous sachiez dans quoi vous vous lancez : cet album est forestier, organique et éthéré. Voilà. C'est fait, les gros mots sont lâchés, vous ne m'y reprendrez plus. Ce n'est pas la première fois que je vous feinte avec mes disques des bois, mais ici impossible de passer à côté, la démarche musicale des frères Weaver étant étroitement liée à la mystique de leur mode de vie. Loin d'être des écologistes fanatiques, ils s'ancrent dans un retour à la nature, à une liberté primaire et sauvage. Celestial Lineage est donc une promenade nocturne étonnamment sereine dans la forêt la plus épaisse et la plus inquiétante qui soit. Une force fauve s'anime, l'humus grouille, agite les fougères, fait frémir les longs sapins et s'élever la sève vers les cimes, puis plus haut encore. Entre sous-bois menaçants et canopée sereine agitant les étoiles, ce quatrième album de WitTR intensifie l'expérience des précédents opus en jouant à la fois sur le tranchant du black metal ainsi sur un drone aérien, selon eux fortement inspirée par Popol Vuh. (Difficile cependant de retrouver une empreinte musicale franche du groupe allemand, mais plutôt une posture similaire dans l'appréhension des passages les plus cosmiques et célestes de l'album.)


Concluant une trilogie entamée en 2007 avec Two Hunters, CL exprime au mieux cette spiritualité nouvelle que cherchent à atteindre (ou dépeindre) les frères Weaver dans leur musique. Du black metal, WitTR conserve une mélancolie préhistorique ainsi qu'un certain nihilisme : la ville n'existe plus, la société s'effondre, rongée par la mousse. Passéistes, les frères Weaver ? Peut-être, mais s'ils se détournent de la société et de la culture moderne, ce n'est pas pour tomber dans les affres d'un conservatisme nostalgique cherchant refuge dans la religion ou dans les extrêmes destructeurs. Non, s'ils se détournent de la voie bitumée que trace l'humanité contemporaine, c'est pour mieux trouver un sentier autre, loin du consumérisme qu'ils honnissent, une spiritualité ancestrale et primaire qui se roule dans la glaise et les feuilles pour mieux toucher au céleste.


vendredi 9 septembre 2011

Youth Lagoon - The Year Of Hibernation

 

Avec Youth Lagoon on risque d'en prendre pour un sacré bout de temps, jusqu'à l'écœurement, alors autant en profiter maintenant, quand le charme désuet de ces petites chansons flotte encore dans une dimension étrange, insaisissable. C'est presque inévitable, on s'en doute tous plus ou moins, la pop lo-fi du jeune homme de Boise est vouée à s'étendre, à grandir. Elle tient en elle cet étrange paradoxe, relevant à la fois d'un amateurisme et d'une innocence confinés à la chambre d'un enfant blafard, tout en se déployant sur de longues nappes dont l'immensité n'a d'égal que la grâce hantée. YL rappelle en cela certains aspects du Cerulean de Baths, micro et macro, ainsi que dans l'omniprésence d'un feeling organique (ça faisait longtemps) qui sent bon l'humus et les haut-plateaux. Les petites structures décharnées et froides s'étoffent, mutent vers le shoegaze, vers une dream-pop soutenue par la voix sous reverb d'un jeune type de 22 ans qui pourrait en avoir 16. La beauté de The Year of Hibernation est d'une telle évidence et d'une telle pureté que je vois mal comment vous pourriez vous permettre de passer à côté. Must-hear.





jeudi 7 juillet 2011

Der Blutharsch - Flying High (2009)



Suite et fin de la rétrospective Der Blutharsch avec le dernier album en date, Flying High qui, une fois n'est pas coutume, rompt considérablement avec son prédécesseur.

The Philosopher Stone était une pierre de plus à l'édifice que tente de construire le nouveau Der Blutharsch, il confirmait la direction choisie par le groupe depuis plusieurs années en renforçant le "son" DB, et en en posant certaines balises. Sur FH, Julius continue à explorer cette nouvelle facette psychédélique en inspectant cette fois un aspect plus mystique de son rock halluciné. La musique se ralentit, et les guitares, bien que toujours présentes, jouent plus la carte de la subtilité ou de l'ascension post-rock sinueuse que celle du mur du son. FH est une étrange expérience, un opaque nuage opiacé qui défait les structures pop pour livrer des morceaux planants, piochant dans le garage 60's, le trip cosmique du Krautrock et la sensibilité folk. La musique de Der Blutharsch a la particularité de véhiculer à la fois tout le passif tourmenté du groupe, des textes souvent sombres, des atmosphères inquiétantes, et de les assembler, de les greffer à une nonchalance épicurienne solaire, un feeling stoner tellement perché qu'il en devient insaisissable. Julius est parti très très loin et ça va être bien difficile de le rattraper.

Notez le tag "Rétro Der Blutharsch" qui vous permettra de trouver d'un clic d'un seul tous les articles. 

(Là je te poste le meilleur morceau de l'album, c'est notre petit secret)


Der Blutharsch - V by thelightcarrier

jeudi 5 mai 2011

Deafheaven - Roads to Judah



Après leur très remarquée et commentée première démo, les San Franciscains de Deafheaven nous livrent leur premier véritable album, Roads to Judah. Ces jeunes gens forts bien habillés sont là pour convaincre votre famille que le black metal n'est pas uniquement l'affaire de norvégiens déguisés en sorcières. Enfin, black metal. Je me gausse. C'est vrai qu'il y a ce petit chant de corbeau (tmts), ces riffs polaires et ces blast chéris (un jour je réaliserai un porno uniquement à base de blast <3 ). Mais quand le chanteur, échappé d'un élevage de hipsters du Lower East Side, se met à hurler sur des arpèges volés à Envy, noyés dans des effets à vous en faire regarder vos chaussures, on se rend compte que DFHVN tient plus de l'aurore boréale que de la forêt de conifères. (c'est la plus belle image de la chronique, et je la trouve vraiment juste, d'ailleurs je vais la mettre en gras.)

Ne vous méprenez pas, les broderies emo/screamo sont parfaitement adaptées à la densité de la musique du groupe, on serre le poing et les dents, on mort sa ceinture, on désosse des ours, mais toujours avec grâce et finesse, ce qui est plus qu'appréciable dans ce milieu de gros cons trépanés qu'est le metal. (Je plaisante, je vous aime tous, moi aussi j'ai eu des spike en pâte FIMO sur les bretelles de mon eastpack).

Concrètement, cet album est excellent, vous devez l'écouter.


jeudi 10 mars 2011

Hakobune - Away From the Lunar Waters



Hakobune est l'œuvre d'un seul homme, le Kyotoïte d'adoption Takahiro Yorifuji. Enregistré en 5 jours, l'album se compose de 6 pistes, 6 errances paisibles dans un courant d'ambient drone improvisées à la guitare noyée d'effets. Parfois, certaines mélodies englouties refont surface, illuminent un temps le paysage, pour mieux replonger dans les strates oniriques dessinées sous nos yeux. La guitare disparaît derrière ce bourdonnement aérien et l'on se laisse facilement envelopper par les douces complaintes poétiques qui dévoilent au fil des écoutes une richesse insoupçonnée. Superbe.



lundi 14 février 2011

Earth - Angels of Darkness, Demons of Light 1


 
Si son titre semble marquer le début d'un nouveau cycle et d'une série de concept-album, musicalement Earth continue en 2011 son cheminement tranquille initié par Hex... il y a déjà 6 ans. Ce premier album du Earth nouveau était un manifeste aux Grandes Plaines de l'Ouest américain, la terminologie désertique ayant été usée jusqu'à la corde pour décrire le rock progressif engourdi de Carlson. Plus lumineux, l'album suivant, Bees..., venait couronner de virevoltant la nouvelle identité d'Earth, avec des compositions plus denses et mélodiques, qui peaufinait avec génie cette technique de composition et de variations autour d'un riff roi. Bees était la suite logique de la lente traversée du continent américain, cette fois plus versée sur le côté psychédélique de l'expérience.



Étrangement Angels of Darkness... donne dès les premières écoutes un sentiment de régression. Moins accrocheur et "facile" d'accès que Bees, il est plus sombre (il suffit de lire les titres des chansons) et ne livre à l'auditeur que peu d'aspérités auxquelles se raccrocher. On s'éloigne de cet aspect cinématique grandiose, psyché et tellurique pour quelque chose de plus abstrait, presque atonal (la longue pièce clôturant l'album) assumant pleinement une volonté expérimentale, jusqu'à lors dissimulée derrière un decorum country désertique. Toujours aussi lents, les morceaux poussent dans leurs derniers retranchements le riff roi et les variations sur un thème : Après plusieurs écoutes, je continuais ma quête de sens, à essayer de distinguer quel paysage Carlson et sa clique essayait de peindre devant mes yeux. Sans trop de succès.


 
Angels of Darkness... ne serait qu'un exercice théorique et obscur, une sorte de dépouillement de la musique pour en atteindre le core, le noyau, la version la plus brute et sincère de ce que sculptait Earth depuis 2 albums? Pourtant il se révèle plus riche qu'on ne pourrait le penser, et on y revient, toujours, sans vraiment savoir pourquoi. S'il est plus sombre, Angels... est certainement plus serein, la tension qui semblait, auparavant, pouvoir surgir à n'importe quel moment, n'est ici plus qu'un souvenir. Et c'est là que se trouve la réponse à toutes mes questions, ce dernier album de Earth est cosmique, universel. Loin des menaces terrestres et temporelles, il marque bien le début d'un nouveau cycle pour Carlson, celui d'une élévation, d'une ascension qui devrait pouvoir pleinement s'exprimer dans la suite de cette série de concept albums.


Laissez une chance à cet album, c'est un grower, et il deviendra vite à vos yeux aussi essentiel que les deux précédents.

dimanche 31 octobre 2010

Baths - Cerulean / 2010



Baths, j'aurais presque envie de ne pas vous en parler, de jalouser cette perle, de ne pas ternir l'éclat de Mon Précieux en le gardant, rien que pour moi. Baths, il s'est doucement infiltré, depuis plusieurs semaines, et il ne part pas, il prend racine. Au début, il s'agissait d'un coup de cœur, d'un clip magistral, forestier, organique, passant en boucle à toute heure du jour et (surtout) de la nuit. Et puis l'album s'est mis lui aussi en mode repeat, d'abord electronica confortable, bidouilles acoustiques samplées, craquements, tic, glitch, il s'épanouit dans le balancement d'un ambient hip-hop attentionné, dans des opaques nuits shoegaze, dans les branchages d'une pop rêveuse. Cerulean se fait cocon, exploitant des loops mélodiques évidentes et les submergeant de rythmiques complexes et pourtant elles aussi foncièrement naturelles. Les strates, les couches, comme un humus de particules, fondent en une heure le cosmique, l'aquatique et le terrestre, ce qui n'est aucunement troublé par les lignes de chants, parfois enfantines, souvent trafiquées, qui au contraire, étant utilisées comme des loops elles-aussi, renforcent la complexité des morceaux.

Assez parlé, on se tait et on regarde :


vendredi 10 septembre 2010

Fever Ray, Zola Jesus @ l'Olympia - 09/09/10



Initialement prévu à La Cigale, le concert de Fever Ray s'est vu déplacé dans une salle plus grande. La faute à une demande bien plus importante que prévue du public parisien qui s'était déplacé en masse hier soir. Un concert court mais complet, spectacle son et lumière, grand messe, on était tous un peu secoués en remontant à la surface.

Pour les non-initiés au culte de Fever Ray, l'histoire est assez simple. Fever Ray est la moitié de The Knife, ce duo/fratrie electro que leur antépénultième album (cc @GuiOhm ) avait révélé au grand public grâce, notamment, à un titre repris par José Gonzalez lui-même utilisé dans une réclame pour poste de télévision à grand écran plat. Fever Ray c'est donc un side-project hanté, sorti en mars 2009, et acclamé tant par le public que par la critique. Imaginez donc les synthétiseurs et les samples cheap de The Knife sublimés par une myriade de percussion de bois,  d'instruments fragiles, le tout beaucoup plus sombre et inquiétant. Pour faire court, imaginez une bande originale au Black Hole de Charles Burns.



Le concert était fermement attendu donc, car la réputation de Karin Dreijer Andersson et de ses prestations scéniques la précède. On passe donc rapidement sur une première partie courte et un peu répétitive de Zola Jesus. La faute à une inexpérience certaine qui ne gâche en rien le potentiel de la jeune (19 ans) américaine aux fort relents Siouxsiens. (Ce qui nous sera confirmé après le  concert par la tenancière d'un bar en t-shirt Motörhead ayant décidé de passer le dernier album en date de Zola Jesus, Stridulum II ).

Après un court entracte, la salle est plongée dans un clair obscur glacé et noyée dans un nuage de fumée. Sur scène on distingue des dizaines de vieux abats-jour. Les premières notes de If I Had A Heart résonnent, des rais de lumières traversent la salle, les lampes s'allument en rythme, comme un battement de cœur, et la scène se met doucement à vivre. Elle arrive alors, gracieuse, dans son accoutrement de grande prêtresse from outer space, accompagnée de quatre musiciens grimés, sortes de tuxedo-troll envoutés, bizarres chamans brandissant des sceptres de gourou rapiécé.



Visuellement, le dispositif est impressionnant, la fumée noie la scène et confère une aura mystique à une musique qui, seule, est déjà chargée de mystère. Les jeux de lumières fascinent le public et l'on voit de nombreuses têtes levées, admirant les jeux de couleurs, un sourire béat en travers du visage.
J'ai l'impression d'être descendu sous terre, dans cette grande salle en bois, cachée du reste du monde, j'ai l'impression d'assister à une drôle de messe, à un opéra préhistorique, à la fois animiste, terrestre et irrémédiablement cosmique. Vous vous souvenez de cette cantatrice dans le 5ème Élément ? J'avais l'impression de vivre un de ces moments de grâce, un moment autre, face à une entité organique supérieure.



L'album entier est reproduit, avec en sus deux ou trois inédits. Le show est donc assez court mais l'absence de rappel ne semble pas gêner plus que ça les fidèles qui sortent doucement et en silence du lieu de culte. Depuis quand un alien, une divinité, se livre-t-elle à un rappel? Impressionnante, la faculté de ce groupe à s'imposer, sans un mot à son public, à instaurer une ambiance de communion sans s'adresser une seule fois à la foule, mais en étant pourtant très proche de cette dernière.
Fever Ray est le culte qu'il nous fallait, la religion tellurique et forestière que l'on attendait tous, le dogme magique de post-adolescents flippés que la musique rassure et rassérène.

mercredi 8 septembre 2010

Infinite Body - Carve Out the Face of My God



Pour son retour aux affaires, FoetusFoetus sort doucement de son coma en musique, avec l'excellent Carve Out the Face of My God, du non moins excellent Kyle Parker (Gator Surprise, entre autres). Parker oublie la harsh noise de ses débuts pour se lancer dans un piégeux album d'ambient-drone synthétique, risquant comme beaucoup avant lui de tomber dans les travers d'une musique lancinante, simpliste et répétitive. Et chiante. Il n'en est miraculeusement rien, malgré la simplicité, ou plutôt le naturel de ses compositions.  COtFoMG se construit comme une ascension, un élévation mystique par le biais de solides plages d'ambient grésillant et de pièces electronica/shoegaze un poil plus véhémentes, les mélodies primitives et cotonneuses s'éclipsant ici sous un amas solaire grésillant de bruit blanc et de sample indus distordus.

Vous n'y échapperez pas COtFoMG est organique. (I'm back baby) : Entendez par là que les samples industriels sont noyés, rattrapés par la masse sonore presque palpable des synthétiseurs.
 Parker ne superpose pas ses boucles, il évide, supprime, taille dans la masse comme dans une pierre brute. Un exercice qui demande application, répétition et parfois violence pour arriver à ses fins.  Infinite Body joue sur la discrétion de ses compositions presque heavenly, et ne se départi jamais d'une grâce et d'une beauté qui flirte avec l'esthétique et le raffinement dream-pop. On s'égare parfois dans de longues plaintes mystiques, souvent proches des mantras tibétains, comme un ressac léthargique nous invitant littéralement à plonger (Dive), à nous enfoncer dans les abîmes pour mieux nous élever.

Parker parvient à annuler toute temporalité, à mêler composition classique et déconstruction moderne et ainsi à effectuer un long et gracieux instantané du visage de Dieu.


Dive by Infinite Body from Brian Murnion on Vimeo.

mardi 11 mai 2010

Extra Life - Made Flesh



EXTRA LIFE = (Maynard.J.Keenan + the Shaggs) x (Chevreuil+Battles/Current 93)

Si ça vous donne pas envie...

Deftones - Diamond Eyes


Je vous avoue qu'il m'a fait un peur ce nouveau Deftones. J'ai bien cru que pour la deuxième fois je serais déçu. Si l'éponyme m'avait surpris, il s'était très vite montré à la hauteur de ses prédécesseurs, ce qui n'est pas le cas pour Saturday Night Wrist qui, malgré de très bon morceaux, ne parvenait pas à trouver cette cohérence propres aux autres albums. Diamond Eyes a failli me décevoir mais il n'en est rien. On parle partout de "retour en arrière", et ce n'est pas faux, les premières écoutes sont sabordées par la production monstrueuse mettant en avant des riffs simples, ultra-plombés, mais rappelant plus la violence teenage basique de Bored ou 7 Words que la finesse des derniers albums. Après deux écoutes j'ai d'ailleurs reposé Diamond Eyes, avec la sensation de tenir entre les mains un disque bâclé (la faute ou pas aux difficultés rencontrées par le groupe sans son bassiste de toujours etc.)
Et puis je l'ai repris ce disque, quelques semaines plus tard, pour constater que derrière ses guitares de bûcherons se cachaient des arrangements ciselés et, surtout, un retour en force de Moreno et de ses lignes de chant poignantes. On ne peut pas nier un certain ralentissement dans l'évolution de Deftones, Diamond Eyes se démarquant des derniers albums par un éclat brut, direct et hargneux. Ce que j'avais pris comme un défaut lors des premières écoutes n'en est pas un. Deftones retrouve ici une cohérence que n'avait pas Saturday Night Wrist. On sent l'album habité par une présence, une aura, beaucoup plus franche que sur son prédécesseur, lui un peu trop éparpillé pour être honnête.

Coucou
Coucou
Coucou hibou coucou, vivement la suite.

Si tu ne l'as toujours pas écouté (MER IL ET FOU) voilà un petit aperçu :



lundi 8 mars 2010

Pantha du Prince - Black Noise


http://lavideotheque.files.wordpress.com/2010/01/pantha-du-prince_blacknoise.jpg


Quand on en vient à parler musique, mes amis (je vous hais tous btw) m'affublent de deux surnoms. Ayathollah du rock'n'roll et Nazi élitiste chronic'art. Si seulement ils savaient... Loin d'être élitiste, je suis exigeant, et encore, certains trouvent sûrement ce blog un poil trop mainstream. Pantha du Prince dans tout ça? Eh bien le petit Pantha s'est pris une vilaine fessée dans le Chronic'art du mois dernier. Si je suis assez souvent en phase avec leur ligne éditoriale, je dois admettre qu'en musique je les trouve un peu mou du genou les gaillards. "Connectés" certes, voire même un poil trop "branchés". Du coup, voir un album à la si belle pochette (qui, je ne vous le fais pas dire, sent bon la sève de pin, le clapotis paisible blablabla) se faire humilier par Olivier Lamm, ça m'a quelque peu intrigué. Et j'ai bien fait, croyez-moi car ce disque est fantastique. Alors oui Olivier, je t'entends déjà (je sais que tu me lis frippon) me disant que je ne connais rien à la scène techno minimal de Detroit, que je ne connais pas les travaux antérieurs de PandiPantha, soit. Je ne connais d'ailleurs rien à la scène techno tout court. J'ai écouté Pills quand j'étais au collège (et encore j'ai jamais vraiment compris ce que ça faisait sur ma compil total techno 1999) et plus tard Plastikman. Et puis c'est tout. Alors pour toi Olivier, Black Noise est un gâchis gluant et emmerdant? Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, j'ai aimé l'apparition de basses caoutchouteuses rebondissantes qui m'ont rappelées le Rebotini analogique de Music Components, j'ai aimé ces hi-hats discrets, piste de danse en mode cocooning, repliée sur elle-même. Même les morceaux qui me semblaient mal engagés (Satellite Sniper) trouvaient un souffle en se dévoilant. Peut être pas un souffle mais un soupir, car cette musique n'est pas que minimale, elle est aussi miniature (rien de péjoratif ici). Nous ne flottons pas dans l'espace mais dans une goutte d'eau. Comme une goutte d'encre noire tombée dans un verre d'eau. En me renseignant un peu sur Black Noise, j'ai appris qu'Hendrik Weber s'était isolé au beau milieu des Alpes Suisses pour enregistrer du matériel sonore qui lui a servi à créer. Créer quoi? Une musique aquatique et (attention ça rime) organique comme une transe primaire, avant même que l'homme ait eu des pouces opposables, à l'époque où on rampait encore dans les eaux sombres de nappes phréatiques, avant même qu'on ait nos petites nageoires. Rien que des petites étincelles de vies luminescentes au milieu d'une immensité obscure.

dimanche 10 janvier 2010

the Kilimanjaro Darkjazz Ensemble - Here be Dragons




Continuons avec les albums de 2009 qui aurait mérité leur place dans le top 12, avec the Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, un collectif formé autour de Jason Kohnen (qu'on connaît mieux pour ses martèlements avec Bong-Ra).On va le balancer tout de suite, ce sera fait : impossible de ne pas penser à Bohren & der Club of Gore. Normal me direz-vous puisque tKDE évolue dans les contrées peu rassurantes d'un darkjazz lancinant aux atmosphères plombées. Une fois ce rapprochement fait, intéressons nous à ce qui construit l'identité propre du groupe, et en premier lieu aux multiples influences qui font qu'on se retrouve face à une entité oscillant entre trip-hop (l'inévitable renvoi à Portishead et au chant de Beth Gibbons sur Embers notamment), electronica soyeuse et post-rock éthéré (The Mac Guffin). tKDE se démarque aussi de par une faculté sans pareil à dresser devant nos yeux des paysages brumeux étrangement lumineux. Rien de joyeux ici, mais des violons mélancoliques, des saxophones étouffés et retors desquels émergent de scintillantes mélodies.
Dépêches toi vite : c'est ici.

samedi 9 janvier 2010

Altar of Plagues - White Tomb






POSTROCK


Non je rigole, revenez revenez. C'est l'heure de la dithyrambe hebdomadaire. Aujourd'hui White Tomb, d'Altar of Plagues. Qui devrait figurer dans tout bon top 10 (12) 2009. Oui, j'ai oublié de le mettre... Minichronique à l'infinitif :


Réussir à trouver le dosage exact entre l'amplitude émotionnelle du postrock/core et les déchirements de violence propres au black metal n'est pas chose aisée. Parvenir à en faire quelque chose d'hybride, à la croisée de Wolves in the Throne Room et de Callisto ne l'est pas non plus. S'en sortir avec des phases de black doom bruitistes et torturées (Khanate?) autant qu'avec des samples atmosphériques qui sentent bon l'acier et la rouille, pas facile facile. Garder tout au long de 4 titres une intensité et une cohésion sauvage sans jamais ennuyer ni trébucher. Être scintillant sans être lumineux. Être postrock sans être chiant. Être organique et minéral. Être vivement recommandé.

mercredi 16 décembre 2009

Piano Magic - Ovations




Cold Wave rétro : Check
Post-Punk énervé : Check
Electro synthillante : Check
Pop invertébrée : Check
Orientalisme épais : Check

Pourquoi ça ne marche pas? Pourquoi revient-on toujours vers Ovations, irrésistiblement attiré, pour à chaque fois en sortir frustré, déçu? Parfois il faut se rendre à l'évidence, les patchwork, c'est moche. Là où Siouxsie parvient à assurer une cohérence en douceur et subtilité, l'effort des Piano Magic à multiplier les influences tout en uniformisant le tout tombe à plat. Par le biais d'arrangements souvent simplistes (des lignes de synthétiseur frustes et faiblardes), les Londoniens tendent à écrêter le peu d'aspérités hérissant leurs compositions déjà originairement fluides et éthérées. Une triste manie puisqu' Ovations recèle de petites perles aux mélodies résolument sombres et mélancoliques. L'influence de Brendan Perry et Peter Ullrich de Dead Can Dance -participant tous deux à l'album- est flagrante, tout comme l'est celle qu'à pu avoir Joy Division sur le groupe (The Faint Horizon comme hommage à peine dissimulé?). Il n'y a pas de doute, le propos est maîtrisé, le talent indéniable, mais certaines fautes de goût et une tendance à la facilité kitsch des arrangements viennent entacher un album qui aurait pu se révéler être un véritable chef d'œuvre.

Ah puis tiens, je lui met une note à celui là : 6/10, et je suis sévère.

lundi 14 décembre 2009

Siouxsie - Mantaray




Siouxsie Sioux revient seule. Fini les Creatures, la diva post-punk aux grands yeux auréolés de noir nous livre (enfin) après plus de 30 ans de carrière, son premier album solo. Un premier album sous forme de somme hybride, à la fois nostalgique, assumant les racines gothiques punk des Banshees, mais aussi et surtout tourné fièrement vers l'avenir. Foncièrement rock, avec un retour aux guitares comme on ne les entendait plus, Mantaray nous happe grâce aux multiples influences qui le colorent. Tout comme sa voix aux milles nuances, l'intime Siouxsie se livre plus protéiforme que jamais. On passe sans transition d'un glam clinquant et peinturluré à une bossa électrique, d'une folk électro à un cabaret brassy envoutant. Elle sait se faire douce et provocatrice, puissante aussi, comme au bon vieux temps. Plus pop que jamais, elle ne se départit pas d'une aura soul poignante, rauque et mélancolique, même dans les morceaux les plus enjoués. Jamais scolaire ni prévisible, et pourtant tubesque même dans les morceaux les plus expérimentaux, Siouxsie Sioux nous donne une belle leçon de pop music.