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samedi 23 mars 2013
Kvelertak - Meir
Certains groupes comme Kvelertak semblent n'avoir besoin d'aucun effort pour réussir. Fièrement juchés sur la hype infinie qui avait précédé et suivi la sortie de leur premier album en 2010, le sextet norvégien revient sans surprise avec un album qui récoltera, à n'en pas douter, les louanges de notre petit microcosme extrême. Pourquoi ? Parce que rien n'a changé, et que c'est très bien comme ça.
On pourrait être un peu chagrins de se voir resservir le même mélange de hardcore et de black metal sur fond de hard-rock old-school, mais on est tellement contents que les mecs n'aient pas pris un virage prog/pop foireux comme l'ont fait de nombreux groupes (et notamment leurs compères de Baroness) qu'on ne va pas faire la fine bouche.
Meir est un joli bolide conduit pied au plancher par Erlend Hjelvik, hurleur en grande forme, mais il restera tout de même au plus #d4rk d'entre vous un cap à passer pour l'apprécier : celui du riffing solaire norvégien, qui sait mordre tout en gardant le sourire au lèvre. Si vous arrivez à accepter ce paradoxe d'une musique brutale mais joyeuse, vous pourrez sûrement faire quelque chose de cet album.
lundi 10 septembre 2012
Hexvessel - No Holier Temple
Hexvessel est un projet de neofolk psychédélique mené par le plus finlandais des britons, Mathew "Kvohst" McNerney, qu'on connait mieux pour le poste de chanteur qu'il occupe au sein du groupe de black metal avant-gardiste Dødheimsgard. La musique de son nouveau projet est à l'image de son line-up fourni (ils sont 8) et il est bien délicat de dessiner les contours d'Hexvessel d'une ligne claire.
Le socle premier du groupe est taillé dans un folk primitif et ésotérique duquel poussent de longues excroissances psyche. Première constatation, ces excroissances ont bien poussées et l'orgue se joint aux guitares pour consolider la facette rock du groupe. D'ici, No Holier Temple erre vers le doom, la country, le blues, sans jamais se départir de sa grâce et de son homogénéité.
La richesse et le foisonnement de l'album ne gâtent en rien sa subtilité. Une belle réussite tant les détails foisonnent, et tant cet album aurait pu s'apparenter à un amas étouffant et bordélique. À la manière de Matt Elliott, Hexvessel parvient à fondre dans sa cérémonie animiste les mélancolies slaves, italiennes et américaines, toutes tendant vers le folk électrifié des Finlandais.
Les arrangements et les chœurs, extrêmement travaillés, restent naturels et évidents. On ne sort jamais de cette beauté de brindilles et de mousses, où la perfection et la maîtrise semblent bricolés. Un sentiment qui tient sûrement au fait que la prod organique fait écho aux prod rock 70's.
Autre point fort pour Hexvessel, la voix de Mc Nerney. C'est le dénominateur commun qui balise le sentier (un peu surprenant parfois) qu'est No Holier Temple et une belle démonstration du talent protéiforme de Kvohst.
Ce second album est une église à ciel ouvert, un temple vert dressé au cœur de la forêt, qui méritera sûrement plus qu'une écoute distraite pour livrer tous ses secrets.
Sortie prévue chez Svart Records le 14 septembre. En attendant, l'album s'écoute ici.
jeudi 10 mai 2012
1=0 - Forteresse EP
Forteresse fait suite à l'excellent Sec, premier album des parisiens de 1=0. Et comme son prédécesseur, l'EP s'engage dans la veine sèche et coupante du rock français intelligent. A priori je pourrais vous refaire sensiblement la même chronique que pour l'album précédent : compositions recherchées, textes vifs et phrasé scandé, Diabologum et (Ex)périence en embuscade etc.
Quelques petites nuances cependant sont perceptibles sur les courtes 13 minutes de l'EP. Un chant clair plus classique fait son apparition sur Tue-le avec un morceau rock carré, moins fou que ce à quoi nous avait habitué 1=0 mais assez bien foutu pour mettre en avant la lourdeur et la puissance du groupe. Quatre morceaux qui jouent donc plus sur l'énergie et l'intensité rock que sur les expérimentations. Entêtant, cru, 1=0 est définitivement le visage du rock français actuel , en tout cas celui dont on aimerait se souvenir dans 30 ans.
Toutes les infos ici : www.unegalzero.com
mardi 24 avril 2012
Pigs - You Ruin Everything
Après Whores., Pigs. Après Ruiner., You Ruin Everything. Et comme pour la chronique précédente, on reste dans un registre de rock noisy sinueux et sale finalement assez proche d'un grand nom du genre : Unsane.
Cette comparaison tout à fait pertinente me permet de retomber sur mes pattes avec grâce en vous apprenant que derrière Pigs on retrouve en fait Dave Curran, le bassiste d'Unsane. Oui, cette chronique est rondement menée. Curran, non content de nous avoir livré un Unsane 2012 que certains ont paraît-il qualifiés de flabistouflant, revient accompagné de Jim Paradise (Player's Club, Freshkills, Hellno) et Andrew Schneider (le producteur de Converge, Cave In, Made Out of Babie et, surprise, Unsane) pour remettre le couvert.
On peut se mettre d'accord pour dire qu'Unsane et Pigs sont deux sales gosses crasseux qui jouent dans la même cour, mais il est clair qu'ils ne jouent pas au même jeu. Moins en retenue que les illustres premiers, Pigs frappe fort et sans détour. Hardcore, punk, poussière, noise, alcool, sludge, stoner, rock, chiffon dans la bouteille, médiator entre les dents et zippo à la main, Pigs jouent à foutre le feu à Big Black et à Shellac. (Je sens le regard sévère d'Albini dans mon dos à chaque fois que j'écoute You Ruin Everythin.)
Pigs nous montre en fait le visage plus groovy et mélodique d'Unsane (dont le dernier effort, Wreck, ne devrait pas tarder à être chroniqué ici-même). Ça sort en vynile chez les français de SOLAR FLARE Records et ça s'écoute juste en dessous :
lundi 13 février 2012
Cold Body Radiation - Deer Twilight
Black metal is the new black. Les corpsepaint pullulent, Pitchfork dissimule difficilement son érection à l'évocation de Liturgy et toutes les filles de bonne famille s'initient à Darkthrone pour ressentir le frisson de l'interdit originel que provoquèrent à une époque les déhanchements d'Elvis. Loin de l'élitisme et du trvisme qui animent encore pas mal de ses amateurs, le black metal entre depuis quelques années dans une phase nouvelle. On pourrait en écrire des pages, argumenter sur les effets positifs ou non de cette dissolution du sens et des valeurs premières qui étaient partie prenante de cette musique tout à fait particulière. Mais en tant que passionné, l'envie de vous faire découvrir de la bonne musique passe avant ce petit pincement au cœur que je ressens quand je vois un pan non négligeable de mon identité musicale jeté en pâture aux infidèles, pour le pire mais aussi parfois pour le meilleur.
C'est pourquoi, si le black metal vous intrigue vraiment, et si vous souhaitez vous initiez doucement au mouvement le plus riche et le plus complexe du metal moderne, je ne peux que vous conseiller de suivre les jeunes Lave Noire, entité bicéphale ayant pour but la promotion du metal noir au travers des Internet. #winkwink
Et c'est là que Cold Body Radiation rentre en piste. Ce groupe est l'incarnation de ce que j'évoquais plus haut, à savoir la dissolution du black metal dans d'autres genres, d'autres voies. Chez Cold Body Radiation, un one-man band néerlandais, on a décidé de faire du post-rock pour amateur de black metal. Ou l'inverse. Toujours est-il que les premières écoutes m'ont laissé perplexe. Deer Twilight est un bon album de post-rock shoegaze mélancolique, maîtrisant à la fois les longues phases aériennes comme les saillies un peu plus véloces. Alors pourquoi cette classification black-metal quasi-systématique ? Tout d'abord car le premier album de CBR (The Great White Emptiness, 2010) en était nettement plus inspiré, ensuite parce qu'on retrouve en effet, parsemé sur l'album, quelques phases de blast et de chant hurlé indéniablement black metal, noyées par les guitares shoegaze et les violons. N'étant pas un grand amateur de post-rock des bois fleurant bon les oiseaux et l'ennui, j'ai construit mon écoute de cet album autour de ces moments de violence (tout du moins d'emballements) pour finalement me retrouver complètement sous le charme.
Les 2 premières pistes sont trompeuses, avec leur post-rock bien foutu, assez intelligent pour s'énerver un minimum, comme savait si bien le faire Mogwai. Le black metal pointe le bout de son nez avec The Night Reveals et son riff roi qu'on croirait tout droit sorti du dernier Alcest et l'apparition d'un discret chant black. Plus franc encore, A Concept Of Forever, qui amène pour la première fois une véritable rythmique et une construction black metal même si l'état d'esprit lui, conserve ce côté lumineux et mélancolique qui baigne tout l'album. Cold Body Radiation garde du black un sens de la mélodie ainsi que la détresse, le désespoir du chant. On oublie les racines de cette musique, on oublie le côté grim et necro qu'on aime tant pour saisir un autre élément fondateur du black metal à savoir le mélodieux et l'épique : une autre manière de rendre hommage au metal noir.
mercredi 12 octobre 2011
Kamni - A.T.O.M.
La conquête de l'espace par l'U.R.S.S ne s'est peut-être pas déroulée comme prévue mais si en 2011 tu veux faire une virée en zero-g, c'est bien chez les russes de Kamni qu'il faut aller voir.
A.T.O.M. s'ouvre en effet sur un des morceaux les plus moelleux jamais composé depuis le Thebes de Om sur God is Good. Comme pour ce dernier, une introduction mystique joue sur les instru indiennes avant d'ouvrir le circuit fermé d'un stoner chill-out plus proche de Sleep que de High on Fire. Ce long instrumental mène vers un morceau de stoner-doom plus classique, Lysergic General, qui semble tout droit sorti du cerveau embrumé de Jus Osborn. Le rappel à Electric Wizard est presque trop évident mais se démarque par des lead un peu plus inspirés et virtuoses que ceux des Anglais. Sur Collapse, le stoner-doom se fait plus flottant encore avec ses lead fuzzés et son mono-riff bien senti qui s'étoffent jusqu'à noyer le chant hurlé dans des frimas opiacés. Un morceau trop court qui chute brutalement sur un instrumental de 15 minutes clôturant l'album comme il l'avait ouvert, avec des mantras chantés s'effaçant derrière le drone d'un tampura et la mélodie lumineuse de cette flûte Bansurî.
Un peu trop court pour se faire un avis définitif sur Kamni, A.T.O.M. est néanmoins assez riche pour nous montrer l'étendue du talent des russes qui, espérons-le, parviendront à trouver leur voie dans cet amalgame d'influences diverses.
jeudi 7 juillet 2011
Der Blutharsch - Flying High (2009)
Suite et fin de la rétrospective Der Blutharsch avec le dernier album en date, Flying High qui, une fois n'est pas coutume, rompt considérablement avec son prédécesseur.
The Philosopher Stone était une pierre de plus à l'édifice que tente de construire le nouveau Der Blutharsch, il confirmait la direction choisie par le groupe depuis plusieurs années en renforçant le "son" DB, et en en posant certaines balises. Sur FH, Julius continue à explorer cette nouvelle facette psychédélique en inspectant cette fois un aspect plus mystique de son rock halluciné. La musique se ralentit, et les guitares, bien que toujours présentes, jouent plus la carte de la subtilité ou de l'ascension post-rock sinueuse que celle du mur du son. FH est une étrange expérience, un opaque nuage opiacé qui défait les structures pop pour livrer des morceaux planants, piochant dans le garage 60's, le trip cosmique du Krautrock et la sensibilité folk. La musique de Der Blutharsch a la particularité de véhiculer à la fois tout le passif tourmenté du groupe, des textes souvent sombres, des atmosphères inquiétantes, et de les assembler, de les greffer à une nonchalance épicurienne solaire, un feeling stoner tellement perché qu'il en devient insaisissable. Julius est parti très très loin et ça va être bien difficile de le rattraper.
Notez le tag "Rétro Der Blutharsch" qui vous permettra de trouver d'un clic d'un seul tous les articles.
(Là je te poste le meilleur morceau de l'album, c'est notre petit secret)
Der Blutharsch - V by thelightcarrier
mercredi 6 juillet 2011
Der Blutharsch - The Philosopher Stone (2007)
En septembre 2009, je m'étais lancé dans une rétrospective Der Blutharsch que je n'avais jamais pris le temps de finir. Motivé par l'arrivée imminente d'un nouvel opus du groupe autrichien, je me suis dit qu'il était temps de reprendre cette tentative un peu vaine de définition de l'entité Der Blutharsch là où je l'avais laissée, à savoir en pleine mutation.
Aucun des albums de Der Blutharsch ne ressemble au précédent, et ce depuis les tous premiers enregistrements du groupes, mais, malgré ses différences, The Philosopher Stone s'inscrit parfaitement dans la continuité de When Did Wonderland End?. C'était déjà clair sur ce dernier, Julius et sa bande étaient parvenus à transvaser toute leur personnalité, leur aura, de l'indus vers le rock'n'roll.
TPS continue donc à sculpter le nouveau son Der Blutharsch, tout en nuances, amalgame brumeux de rock noir psychédélique et de folk-pop plantureuse. Les chansons sont courtes, répétitives (sans doute un reste de la période martiale de DB) et pourtant très riches. Sur une boucle rythmique et une basse charnues se développent des lead de guitares fuzz, d'orgues 60's, enluminés d'arrangements folk (flûte, violons, tambourin...) et soutenues par un chant que se partagent les différents membres du groupe : complaintes lascives, psalmodies quasi-méditatives, chœurs etc. Apparaissent aussi des touches électroniques discrètes, quelques beat indolents qui se mêlent parfaitement à l'ambiance générale du disque.
Julius a peut-être réellement trouvé sa Pierre Philosophale, celle qui transforme tout en or, celle qui permet à un mec de faire du rock'n'roll sans tomber dans l'illusoire et la futilité, celle qui lui permet aussi de revenir tous les 2 ans avec un grand album.
Der Blutharsch - II by thelightcarrier
samedi 15 mai 2010
Medications - Completely Removed
Beau petit objet que ce Completely Removed, qui vient donner une belle leçon de rock intelligent à toute une scène post-punk indie noyée dans les gloubiboulga disco-africains ratés. Ici les influences africaines (Long Day) sont diluées dans un rock ensoleillé et mélodique très fins. Le chant rappel parfois Phoenix, et les expérimentations liées à leurs origines math-rock ne dissimulent que très peu les vélléités pop du trio. Ce qui est agréable avec Medications, c'est cette impression d'écouter de la pop sans avoir l'impression qu'on se fout de notre gueule. Le talent de songwriting certain nous incite dès la deuxième écoute à fredonner certains titres comme si on les écoutait depuis des années. Sûrement un signe.
mardi 9 mars 2010
The Souljazz Orchestra - Rising Sun
Diantre qu'il est bon ce Rising Sun! Fichtrement langoureux, diablement dansant ce quatrième album des TSO. Savant dosage d'afro-beat fébrile (référence aux Egypt 80 et à la famille Kuti inévitable), d'ethio-jazz exalté (certains titres portent l'empreinte de Mahmoud Ahmed) et d'une larme de muzak lounge flirtant avec le kitsch. La contrebasse entêtée s'accroche à ses trois notes qu'elle va répéter jusqu'à la démence, les cuivres magistraux brament puis chuchotent, soutenus par une myriades de percussions tropicales qui finissent de nous perdre. On ne sait plus trop où on est, hagard en plein jet lag entre Addis-Abeba et Rio, avec James Brown dans la soute et Mulatu Astatke en steward. Rising Sun est d'autant plus appréciable qu'il est empreint d'un mysticisme forcément afro, animiste et radieux qui doit faire des concerts de l'orchestre de véritables cérémonies hypnothiques. Les mecs de Nova doivent être priapiques depuis un mois et ils ont raison. Ah tu voulais du easy listenning sans corpsepaint? En voilà!
vendredi 17 juillet 2009
James Blackshaw - The Cloud of Unknowing
J'ai toujours eu du mal avec les petits prodiges. Sans doute à cause de ce dangereux écueil qu'est la démonstration pure, la technique sans âme. Alors ce James Blackshaw, 28 piges et une petite dizaine d'albums à son actif, tout seul lui et sa guitare 12 cordes, y'avait de quoi se poser des questions. L'album s'ouvre sur un long morceau-titre poignant qui pose les bases du son Blackshaw : un finger-picking de virtuose complexe et mélodique assez bluffant. JayBee tisse lentement une toile harmonique dense mais cristalline atteignant de véritables moments de grâce. Les boucles graves servent de support à une mélodie ouverte et évolutive quasi-obssessionelle qui rappelle parfois le drone acoustique de certains travaux de Six Organs of Admittance, voire même un Ginnungagap fiévreux et élancé. Plus concises et lumineuses, les 2eme et 4eme pistes dévoilent une autre facette du jeu de Blackshaw, parfois accompagné (notamment par un glockenspiel), moins répétitive, mais tout aussi intense. La piste centrale, la plus courte, tranche de par sa construction (cette fois très proche des expérimentations de Ginnungagap) mêlant sonorités asiatiques et bruitages en tout genre (on flirte ici avec la musique concrète). Enfin, dans une symétrie parfaite, l'album se clôt sur un long titre proche du 1er de par sa construction en spirale, avec cette fois le soutient de violons stridents achevant le morceau dans le chaos le plus total.
Écueil évité donc pour JB, qui tout en faisant montre d'une dextérité et d'une technique parfaite, parvient à nous pondre des morceaux chargés d'émotions. Une franche réussite lui ayant d'ailleurs permis de capter l'attention d'un certain M.Gira et de son label, Young God Records, sur lequel est sorti son dernier album en date (The Glass Bead Game).
Écueil évité donc pour JB, qui tout en faisant montre d'une dextérité et d'une technique parfaite, parvient à nous pondre des morceaux chargés d'émotions. Une franche réussite lui ayant d'ailleurs permis de capter l'attention d'un certain M.Gira et de son label, Young God Records, sur lequel est sorti son dernier album en date (The Glass Bead Game).
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