Je pense sincèrement que les mecs de TV Ghost sont morts. Qu'ils ne jouent pas leur musique mais qu'ils la décomposent, qu'ils la bavent sans envie. Un mois que Cold Fish tourne, un mois que je me pose des questions : Comment une musique rythmée et soit-disant dansante peut-elle autant anesthésier et paralyser? Filtrant Jesus Lizard par les mailles d'un post-punk inquiet, le quatuor de Lafayette ne pourrait se limiter qu'à jouer les déconstructeurs no wave bruyants biberonnés à Suicide. Morts, ils le sont sûrement, sortes de pantins horror punk/psychobilly, le décalage et le sourire en moins. Les orgues et l'écho permanent accentue le ressac de surf rock gâté, avec toujours l'arrière-goût de vermine fielleuse type Clockcleaner. 10 titres, 25 petites minutes dissonantes faussement dansantes donc, qui comme les meilleurs cauchemars, parviennent à malmener nos repères. 25 petites minutes comme une catabase interminable.
vendredi 19 mars 2010
mardi 9 mars 2010
The Souljazz Orchestra - Rising Sun
Diantre qu'il est bon ce Rising Sun! Fichtrement langoureux, diablement dansant ce quatrième album des TSO. Savant dosage d'afro-beat fébrile (référence aux Egypt 80 et à la famille Kuti inévitable), d'ethio-jazz exalté (certains titres portent l'empreinte de Mahmoud Ahmed) et d'une larme de muzak lounge flirtant avec le kitsch. La contrebasse entêtée s'accroche à ses trois notes qu'elle va répéter jusqu'à la démence, les cuivres magistraux brament puis chuchotent, soutenus par une myriades de percussions tropicales qui finissent de nous perdre. On ne sait plus trop où on est, hagard en plein jet lag entre Addis-Abeba et Rio, avec James Brown dans la soute et Mulatu Astatke en steward. Rising Sun est d'autant plus appréciable qu'il est empreint d'un mysticisme forcément afro, animiste et radieux qui doit faire des concerts de l'orchestre de véritables cérémonies hypnothiques. Les mecs de Nova doivent être priapiques depuis un mois et ils ont raison. Ah tu voulais du easy listenning sans corpsepaint? En voilà!
lundi 8 mars 2010
Pantha du Prince - Black Noise
Quand on en vient à parler musique, mes amis (je vous hais tous btw) m'affublent de deux surnoms. Ayathollah du rock'n'roll et Nazi élitiste chronic'art. Si seulement ils savaient... Loin d'être élitiste, je suis exigeant, et encore, certains trouvent sûrement ce blog un poil trop mainstream. Pantha du Prince dans tout ça? Eh bien le petit Pantha s'est pris une vilaine fessée dans le Chronic'art du mois dernier. Si je suis assez souvent en phase avec leur ligne éditoriale, je dois admettre qu'en musique je les trouve un peu mou du genou les gaillards. "Connectés" certes, voire même un poil trop "branchés". Du coup, voir un album à la si belle pochette (qui, je ne vous le fais pas dire, sent bon la sève de pin, le clapotis paisible blablabla) se faire humilier par Olivier Lamm, ça m'a quelque peu intrigué. Et j'ai bien fait, croyez-moi car ce disque est fantastique. Alors oui Olivier, je t'entends déjà (je sais que tu me lis frippon) me disant que je ne connais rien à la scène techno minimal de Detroit, que je ne connais pas les travaux antérieurs de PandiPantha, soit. Je ne connais d'ailleurs rien à la scène techno tout court. J'ai écouté Pills quand j'étais au collège (et encore j'ai jamais vraiment compris ce que ça faisait sur ma compil total techno 1999) et plus tard Plastikman. Et puis c'est tout. Alors pour toi Olivier, Black Noise est un gâchis gluant et emmerdant? Je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, j'ai aimé l'apparition de basses caoutchouteuses rebondissantes qui m'ont rappelées le Rebotini analogique de Music Components, j'ai aimé ces hi-hats discrets, piste de danse en mode cocooning, repliée sur elle-même. Même les morceaux qui me semblaient mal engagés (Satellite Sniper) trouvaient un souffle en se dévoilant. Peut être pas un souffle mais un soupir, car cette musique n'est pas que minimale, elle est aussi miniature (rien de péjoratif ici). Nous ne flottons pas dans l'espace mais dans une goutte d'eau. Comme une goutte d'encre noire tombée dans un verre d'eau. En me renseignant un peu sur Black Noise, j'ai appris qu'Hendrik Weber s'était isolé au beau milieu des Alpes Suisses pour enregistrer du matériel sonore qui lui a servi à créer. Créer quoi? Une musique aquatique et (attention ça rime) organique comme une transe primaire, avant même que l'homme ait eu des pouces opposables, à l'époque où on rampait encore dans les eaux sombres de nappes phréatiques, avant même qu'on ait nos petites nageoires. Rien que des petites étincelles de vies luminescentes au milieu d'une immensité obscure.
mardi 2 mars 2010
Darkthrone - Circle the Wagons
Cette fois c'est certain, on ne les retrouvera jamais. On le sentait déjà, mais maintenant on en est sûr. Petit à petit rongés par la rouille le rock'n'roll rampant, nos deux iroquois ont quittés la civilisation. Retour à l'état sauvage, là d'où ils viennent, là où ils vont crever. On le sentait déjà depuis The Cult is Alive, qu'ils nous échappaient un peu. Chaque album depuis lors n'a fait que briser les chaînes qui entravaient la musique de Darkthrone. De plus en plus crust, de plus en plus punk, de plus en plus rock'n'roll. Insouciants, bestiaux, primitifs, Fenriz et Culto ont trouvé leur voie. Difficile maintenant de voir un autre avenir pour cette formation culte. Au rythme d'un album tous les 15 mois, au rythme de 10 hymnes rocailleux par album, les papes du Black Metal ont tracé leur sentier, sans regarder en arrière, sans se soucier de quiconque. Fuck off and die. Non, ils ne nous sortent pas le même album depuis 5 ans, comme j'ai pu le lire ailleurs. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Darkthrone évolue toujours, chaque fois plus putride et viscéral. S'ils œuvrent toujours dans leur necropunk marqué du sceau de l'humour et de la dérision, jamais leur musique n'a été aussi sérieuse. Darkthrone joue la facilité, c'est indéniable, mais il le fait avec tant d'engouement, de conviction et d'honnêteté qu'on ne peut qu'admirer cette charogne infâme, en attendant notre nouvelle dose.
vendredi 26 février 2010
The Sound Of Animals Fighting - The Ocean And The Sun
Déjà il y a cet artwork. Cette jaquette qui, fière de ses entremêlements branchus symétriques et de ses arabesques délicats, suinte le gloubiboulga Cult of Luna/ISIS/Callisto etc, à tous les coups.
Eh bien non. Raté.
Autre point important, visuellement, vous ne remarquez rien? Si si, ça sent l'humus, la mousse, le sous-bois,la glaise et la pluie... Bref, en un mot, ça sent l'organique tout ça. Avec en sus un tel titre d'album et un nom de groupe sauvage, il n'en fallait pas plus pour m'intriguer. Pour la petite histoire, TSoAF est un drôle d'animal, sorte de supergroupe mouvant et masqué regroupant (sur cet album tout du moins) des membres de Circa Survive et RX Bandits. D'ailleurs le moins que l'on puisse dire est que ce supergroupe est superambitieux. Alors à quoi ça ressemble, le bruit des animaux en train de se battre?
TSoAF progresse dans une mixture psychédélique échevelée. Enracinés, notamment par leur premier album, dans un rock progressif qui sait montrer les crocs, le gang des 4 dilue sa hargne tout au long de l'album dans différentes humeurs : Avec une violence hardcore déboussolée, rappelant tour à tour Battle of Mice (les hurlements sur Another Leather Lung) ou the Fall of Troy (pour le riffing inspiré); avec précision et primitivisme, en utilisant des interludes instrumentaux noise (TP1) ou tribaux (Chinese New Year); avec inventivité et prise de risque (touches electro, polymorphie du chant) quitte à parfois s'égarer (le sympathique mais dispensable morceau éponyme).
Tous maîtrisent parfaitement leur sujet, du chant varié aux guitares intelligemment utilisées, en acoustique autant que lors des phases plus nerveuses. La mention spéciale revient indéniablement au batteur, Chris Tsagakis a.k.a The Lynx, dont le jeu puissant, riche et syncopé est particulièrement mis en avant par le mix.
Le tout peut paraître un peu indigeste lors des premières écoutes. On a parfois la désagréable sensation que les mecs eux mêmes, à trop vouloir surprendre leurs auditeurs, s'égarent quelque peu. De mêmes, il m'a fallu plusieurs écoutes avant d'apprécier pleinement les baisses d'intensité d'un album en dent de scie.
Ambitieux, The Ocean And The Sun l'est sans aucun doute, foisonnant de bonnes idées, parfois simplement génial. On regrettera juste qu'en lieu et place d'une véritable folie, The Ocean And The Sun ne nous livre qu'un éparpillement parfois surjoué.
jeudi 25 février 2010
Speak English or Die
Pas le temps pour des chroniques en ce moment, malgré un bon nombre de découvertes granuleuses détestablement addictives. En attendant, cols à jabot, pilzen kopf et basse aux épaules...
dimanche 21 février 2010
samedi 6 février 2010
Barn Owl - The Conjurer
Il semble qu'Earth fasse des émules, quel que soit le style dans lequel le groupe de Dylan Carlson évolue. Vénérable ancêtre d'un drone monolithique et à l'origine de la déferlante Sunn O))), ils avaient su, avec Hex et The Bees Made Honey in the Lion's Skull, puiser dans l'americana fantomatique pour réinventer leur musique.
Il ne fait aucun doute que Barn Owl s'inspire, tout du moins s'inscrit dans la même veine désertique et crépusculaire. On retrouve ici de longues plages d'un drone-rock squelettique et inquiétant, avec cette même sensation qu'à l'écoute de la bande originale de Dead Man. Comme si, tout comme Neil Young à l'époque, le groupe avait réussi à saisir l'ensemble des nuances d'un spectre allant de la cérémonie chamanique Apache à la procession funéraire bancale, de la langueur hallucinée d'un mangeur de peyotl à la nonchalance d'un vieux charros. Plus sombre que les dernières sorties d'Earth, The Conjurer oublie parfois son jeu de guitare, pour s'égarer dans d'obscures contrées ambient, faites de larsens soutenus par des cordes, un piano ou des chœurs monotones évoquant les mantras de moines tibétains, conférant à cette country malade un ton oriental marqué. (On croit même distinguer du tanpura par instant). Quatre longs titres comme une bande originale parfaite d'un triste western contemplatif...
jeudi 4 février 2010
Burzum - Belus
On pourrait, par mégarde, confondre ce Belus avec un album de black metal de bonne facture, d'un groupe lambda, avec un sens de la mélodie aiguisé, un goût prononcé pour la répétition inlassable de riffs efficaces et un penchant pour les étendues enneigées norvégiennes. On pourrait, par exemple, s'extasier devant le grain de ces guitares, devant la mélancolie simple mais poignante des morceaux, devant la fausse-chaleur qu'apporte la basse charnue.
On pourrait se perdre dans l'unité de l'objet, qui s'étend avec fluidité, en un tout compact et effilé. On pourrait s'attarder avec plaisir sur les incursions galopantes presque pop de certains morceaux. On pourrait l'écouter quelques semaines, se surprendre à le ressortir, à y revenir, comme ça mine de rien. On pourrait alors se rendre compte qu'il ne s'agit pas ici d'un simple disque de black metal, mais du nouveau méfait d'un homme qui a apporté au genre ses lettres de noblesses.
Déçu par le nouveau Burzum? Déçu par la facilité du propos? Sûrement pas, car derrière l'apparente simplicité de Belus repose l'art primitif et viscéral, toute la genèse de cette musique. Belus est une cosmogonie, un récit des origines, dont la simplicité n'a d'égale que son amplitude.
mardi 2 février 2010
Eternal Tapestry - The Invisible Landscape
Je comprendrai peut-être pourquoi un jour (ou peut-être pas finalement), mais je me trouve irrésistiblement attiré vers une musique organique (le mot qui revient sûrement le plus souvent sur ce blog, avec hybride, hanté et mélancolique). Une musique organique donc, dans la forme comme dans le fond, qui véhiculerait je ne sais comment des sensations végétales, une odeur de mousse et de flore bourgeonnante. Il est évident que l'artwork y joue énormément, et que mon appréhension de la musique passe aussi, si ce n'est avant tout, par le visuel de l'album. Pensez au crépuscule automnal de Fever Ray ou à la luxuriance humide de Ginnungagap... Cette faculté qu'ont certaines musiques à produire devant mes yeux des paysages, une faune, une flore, parfois beaux et inquiétants, désolés, arides ou éxubérants, voilà que ce que je recherche dans la musique et voilà ce que les mecs d'Eternal Tapestry parviennent à susciter. Pourtant, rien de très suggestif ici, pas de nappes discrètes ni d'ambient éthéré mais un psych rock lourd et ample. Ici, il faudrait s'imaginer un buff bluesy et tribal au milieu d'une clairière... Il fait nuit et seul un brasier au centre du cercle éclaire les musiciens.
Chaque morceau suit le même schéma, se basant sur la répétition inlassable d'un couple basse/guitare sur lequel croissent des soli sinueux à rendre fou le plus sage des stoïciens. Le batteur s'acharne avec hargne et les cymbales résonnent jusqu'à l'acouphène.
Eternal Tapestry parvient à assimiler un héritage psyché, des Who à Grateful Dead tout en réclamant au stoner sa puissance et ses riffs bien gras. Quelle différence avec un groupe comme Om alors? On trouve effectivement des boucles de riffs, des développements flirtant avec l'improvisation hypnothiques et hallucinogènes, mais Eternal Tapestry choisi l'option de la profusion, du foisonnement. Se mêlent alors aux envolées mystiques d'un Cisneros un capharnaüm proto-punk qu'on sent plus inspiré de Hawkwind que de l'ascétisme d'Om.
Ce LP est d'une sauvagerie pure et forestière (!?) qui risque de lacérer encore quelques temps ma trompe d'Eustache.
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