mardi 15 mai 2012

Crocus - Our Memories Dress Me In A Dead Lust





Crocus joue le screamo que joueraient aujourd'hui les anciens membres d'Orchid s'ils étaient liés de manière incestueuse et un peu sale avec The Fall of Troy et Beau Navire. Le talent des premiers pour agréger ultra-violence et mélodie aiguisée dans un seul riff, confronté aux arpèges jazz des espiègles seconds, sans jamais se départir du flegme délicat des derniers. 

J'avais longtemps cherché le frisson d'Orchid dans les nouveaux projets des anciens membres du groupe culte de la scène screamo, mais ni Ampere ni Panthers n'ont su retrouver ce que Crocus semble posséder sans effort, à savoir ce riffing aigu bien particulier et cette violence débridée qui entraîne chaque couplet dans une tempête de caisse claire.

Malgré les appels flagrants à Orchid ou Pg.99, les anglais savent marquer cet album d'une touche personnelle, et notamment par la richesse du jeu des guitares, la précision de la batterie malgré le chaos quasi-permanent, et un mix au poil qui laisse entrevoir la basse juste ce qu'il faut. Compact, maîtrisé, ça sort chez Holy Roar Records et ça s'écoute juste là : 




jeudi 10 mai 2012

1=0 - Forteresse EP





Forteresse fait suite à l'excellent Sec, premier album des parisiens de 1=0. Et comme son prédécesseur, l'EP s'engage dans la veine sèche et coupante du rock français intelligent. A priori je pourrais vous refaire sensiblement la même chronique que pour l'album précédent : compositions recherchées,  textes vifs et phrasé scandé, Diabologum et (Ex)périence en embuscade etc.

Quelques petites nuances cependant sont perceptibles sur les courtes 13 minutes de l'EP. Un chant clair plus classique fait son apparition sur Tue-le avec un morceau rock carré, moins fou que ce à quoi nous avait habitué 1=0 mais assez bien foutu pour mettre en avant la lourdeur et la puissance du groupe. Quatre morceaux qui jouent donc plus sur l'énergie et l'intensité rock que sur les expérimentations. Entêtant, cru, 1=0 est définitivement le visage du rock français actuel , en tout cas celui dont on aimerait se souvenir dans 30 ans.

Toutes les infos ici : www.unegalzero.com


samedi 5 mai 2012

Marilyn Manson - Born Villain



Je n'attends plus rien de Marilyn Manson. J'ai déjà reçu tout ce que je pouvais espérer de lui. Le malaise épais de Portrait of an American Family et Smells Like Children, la géniale trilogie Antichrist Superstar, Mechanical Animals, Holy Wood et même un revirement pop-rock réussi avec Eat Me, Drink Me. Je n'attends plus rien de Manson parce qu'une grande part de la fascination qu'il exerçait sur moi a disparu après Holy Wood, quand MM est devenu humain. Cet album est pour moi le véritable chef d'œuvre de Manson, le point final d'une carrière mouvementée qui a tué l'Antichrist et n'a laissé que cendres et poussière derrière lui.

Après la parenthèse entertainment The Golden Age of Grotesque où Manson assumait pleinement son rôle d'amuseur public et de bête de cirque, il avait réussi à se réinventer en dévoilant pour la première fois son véritable visage, celui de Brian Hugh Warner, dans le romantique Eat Me, Drink Me. Difficile à partir de là de concevoir une suite au projet Marilyn Manson. La perversité, la crasse et la provocation élaguées, il ne reste à Manson que son petit être, ses peines de cœur, ses craintes, celles d'un homme normal, au mieux d'une rockstar égocentrique. L'échec total qu'est The High End of Low a néanmoins le mérite de fermer la parenthèse romantico-Caroll-Burtonienne du plus mauvais goût et vient une fois de plus tuer Manson pour mieux le faire renaître. Le résultat de cette renaissance s'appelle Born Villain.








Je n'attends plus rien de Marilyn Manson car il n'est plus envisageable pour lui aujourd'hui de ressortir les brulôts du passés. Maintenant qu'il est redevenu un homme comme les autres, Manson doit se battre contre la tentation de la facilité et se démerder comme la rockstar qu'il est pour sortir des albums de qualité. Pas des chefs d'œuvre habités, hantés par un souffle mystique, non, juste de bons albums de rock, ce qu'il réussit plutôt bien avec Born Villain. On ne trouve pas de thèmes forts comme auparavant, pas de déguisement, on sent que MM a totalement assimilé la mort de ses avatars et que c'est maintenant lui qui se livre à l'auditeur. Ne reste que la musique.

Born Villain tire un trait sanglant sur la mauvaise pop de l'album précédent et ce dès l'entrée en matière, avec l'enragé Hey, Cruel World... doigt d'honneur toutes guitares dehors, comme une profession de foi, marquant le retour à une musique plus véhémente. Je me représente cet album comme un Mechanical Animals SM, brut, punk, moins ambitieux, mais efficace. On pense aux Stooges (The Gardener), à Killing Joke (Overneath the Path of Misery) et on s'attache vite à ces 14 pistes à la fois très simples mais accrocheuses. On retrouve aussi des morceaux comme Murderers Are Getting Prettier Every Day, pas le plus réussi mais bel exemple de la rage retrouvée et de l'envie d'en découdre du Révérend en 2012. Quant à Breaking The Same Old Ground elle remet au goût du jour les ballades d'Antichrist Superstar comme The Man That You Fear, mais passées au filtre du nouveau Manson rock découvert sur Eat Me, Drink Me.

Le groupe Marilyn Manson n'a rien perdu de son talent pour composer de bons morceaux et on est donc face à un bon album de rock. Reste à savoir si MM plaira autant à ses fan de la première heure maintenant que sa musique à repris une taille humaine, maintenant le supplément d'âme dont je parle souvent a disparu, maintenant que Manson fait du rock, rien que du rock.



vendredi 4 mai 2012

Extra Life - Dream Seeds





Il y a 2 ans, à l'occasion de la sortie de Made Flesh, deuxième album d'Extra Life, je m'étais fendu d'une chronique mathématique où j'essayais de schématiser au mieux la musique du quatuor (aujourd'hui trio) de  Brooklyn. J'en étais arrivé à l'équation suivante :


EXTRA LIFE = (Maynard. J. Keenan + the Shaggs) x (Chevreuil+Battles/Current 93)


Si ce schéma convient à Made Flesh, il va falloir que je trouve mieux pour le concept-album qu'est Dream Seeds, même si les bases sont toujours là. Les sept titres évoluent tous autour d'un thème double, à savoir le rêve et l'enfance, que le groupe malmène et distord en y insufflant cette ambiance mélancolique et sombre, ici encore plus travaillée que sur le précédent opus.

Cette fausse sérénité, cette simplicité enfantine doucement contaminée par une menace sourde, est palpable dès l'ouverture de l'album. La contine acoustique qu'est No Dreams Tonight est vite interrompue par la basse lancinante et les roulements de toms de Righteous Seed, morceau énergique et tendu marquant une direction forte sur ce dernier album, à savoir une posture pop bien plus présente qu'auparavant. Arrive  Little One, un morceau charnière qui malgré une entame classique de ballade piano/voix s'enrichit progressivement d'arrangements de cordes sublimes et offre une fin tout simplement magistrale. 

Là, l'album franchit un cap et Extra Life se pare de sa plus belle pop tout en revenant aux basiques qui ont fait leur succès (et leur identité), dissonances, syncopes, basses agressives et chant lyrique et médiéval improbable. First Song est une pépite de songwriting, les mélodies complexes ne nous ont jamais autant parues naturelles et l'intensité des dialogues entre guitares, synthé et cordes est éblouissante. 

Cette tendance pop (tout du moins dans les structures et les recherches mélodiques) se fait plus discrète sur les deux derniers titres. Blinded Beast, pièce massive d'un quart d'heure est à mon avis le meilleur morceau de l'album. La pop laisse la place à un math-rock asthmatique infecté par des synthés, du clavecin, et marquée par un refrain aux harmonies de voix parfaites. 

Ten Year Teardrop clôt l'album et prouve encore une fois le talent d'Extra Life pour instaurer couche après couche une tension et un malaise, mêlant bruit pur et lyrisme cristallin. 


Un des meilleurs albums de 2012 à n'en pas douter.



mardi 24 avril 2012

Unsane - Wreck



Vingt ans que les mecs d'Unsane gravent péniblement leur blues urbain et saignant sur de la cire salie, plus de vingt ans aussi qu'ils s'entêtent dans une sorte de monotonie frustrée et colérique sans jamais pourtant faire de faux pas. Plus qu'un simple groupe, Unsane est une entité étroitement liée à la ville, à la crasse gory, à la vie de ses membres. C'est sûrement ce qui explique à quel point les mecs ont du mal à s'en détacher quand ils partent à l'aventure dans leurs side-project respectifs. Que ce soit avec Celan ou avec Pigs, l'ombre gluante et coagulée d'Unsane n'est jamais loin.

Par rapport à l'intensité de Blood Run ou à l'amplitude de Visqueen, Wreck peut sembler se construire légèrement en creux. Le pari de tenir une ligne directrice depuis des années et de ne jamais en dévier est à la fois ce qui fait advenir les meilleurs titres du trio et ce qui peut décourager certains auditeurs. Heureusement, Spencer et sa bande s'autorisent quelques sorties hors-sentier avec une balade bluesy et puissante (Stuck) et un titre ovni cynique et rigolard (Ha ha ha).

S'ils ne se sont pas assagis, les trois rôdeurs d'Unsane ont sans nul doute profité de leurs aventures extra-conjugales pour enrichir leur musique, intense et maîtrisée.



Pigs - You Ruin Everything






Après Whores., Pigs. Après Ruiner., You Ruin Everything. Et comme pour la chronique précédente, on reste dans un registre de rock noisy sinueux et sale finalement assez proche d'un grand nom du genre : Unsane.

Cette comparaison tout à fait pertinente me permet de retomber sur mes pattes avec grâce en vous apprenant que derrière Pigs on retrouve en fait Dave Curran, le bassiste d'Unsane. Oui, cette chronique est rondement menée. Curran, non content de nous avoir livré un Unsane 2012 que certains ont paraît-il qualifiés de flabistouflant, revient accompagné de Jim Paradise (Player's Club, Freshkills, Hellno) et Andrew Schneider (le producteur de Converge, Cave In, Made Out of Babie et, surprise, Unsane) pour remettre le couvert.

On peut se mettre d'accord pour dire qu'Unsane et Pigs sont deux sales gosses crasseux qui jouent dans la même cour, mais il est clair qu'ils ne jouent pas au même jeu. Moins en retenue que les illustres premiers, Pigs frappe fort et sans détour. Hardcore, punk, poussière, noise, alcool, sludge, stoner, rock, chiffon dans la bouteille, médiator entre les dents et zippo à la main, Pigs jouent à foutre le feu à Big Black et à Shellac. (Je sens le regard sévère d'Albini dans mon dos à chaque fois que j'écoute You Ruin Everythin.)

Pigs nous montre en fait le visage plus groovy et mélodique d'Unsane (dont le dernier effort, Wreck, ne devrait pas tarder à être chroniqué ici-même). Ça sort en vynile chez les français de SOLAR FLARE Records et ça s'écoute juste en dessous : 




lundi 23 avril 2012

Whores. - Ruiner.



Whores. Ruiner. Sec comme un coup de Jesus Lizard dans les genoux. Un court EP de 5 titres frontal et percutant. Jesus Lizard donc, moins taré mais plus carré, hargneux, heavy. Unsane et Helmet avec les poils de torse de Will Haven, le groove pilé, le sludge huileux. Ruiner. Whores.


mardi 10 avril 2012

Lord Mantis - Pervertor



A priori je ne devrais pas avoir grand chose à rajouter. Vous avez vu le nom du groupe, le nom de l'album, vous vous êtes sans doute attardés sur la magnifique pochette de Justin Bartlett et sans attendre vous allez lancer le player en fin de chronique pour voir ce que ça donne.

Je ne pense pas avoir à vous dire qu'ici la crasse est reine. Que le blackened sludge d'un Dragged Into Sunlight n'est qu'une excuse pour creuser jusqu'au cœur froid de Celtic Frost. Oui oui ma caille, Celtic Frost. Tu ne trouves pas ? Derrière le souffle reptilien et la chaleur tellurique de gros riffs poilus et parfois neurosiens, ne serait-ce pas en fait tout le groove cadavérique helvete qui s'immisce ? La présence de membres de Nachtmystium et (surtout) d'Avichi en est d'ailleurs une preuve suffisante.

Tout ça ne sent pas très bon, et on reste enfoncés jusqu'aux genoux pour une bonne moitié d'album dans les remugles épais d'une riffaille enrouée qui ne se met véritablement en branle que sur les dernières pistes. Réussir à recouvrir le squelette glacé du thrash de Celtic Frost d'une épaisse couche de fèces fumantes et de peaux de bête encore ruisselantes de sang chaud, c'est le pari poétique et risqué (et réussi) qu'a pris Lord Mantis. Sale.



Burzum - Umskiptar





Des deux derniers albums de Burzum, (Belus en 2010 et Fallen en 2011) j'avais avant tout retenu la simplicité primitive d'un art brut, comme si Vikernes avait besoin de faire un point sur sa musique après de longues années passées loin d'un genre qu'il a contribué activement à définir. La prise de risque était minime mais ces deux albums n'en prenaient pas moins la forme d'un manifeste. Le Comte Grishnack nous avait d'abord livré un album guerrier avant de peaufiner son propos dans Fallen en amenant ce qui semble être la nouvelle touche Burzum, à savoir de longs passages de narrations, de poèmes récités et de chants clairs.

C'est d'ailleurs ainsi que s'ouvre Umskiptar avec "Blóðstokkinn" et son spoken-word fleuri qui amène tout en douceur l'excellent "Jóln", parfaite extension de Fallen. Un morceau répétitif, mélodique et lent, imprégné de paganisme sauvage qui annonce un album intéressant. Et pourtant, très vite, on s'emmerde. Là où la répétition dans Belus et Fallen servait la musique, ici elle semble vaine et inaboutie. Difficile pourtant de noter une différence cruciale entre la livraison de 2012 et les précédentes, mais quelque chose ne va pas, une connexion nous échappe et on décroche assez vite.

coucou ;))))     © M.C.


Cet album est trop lent. Aucun morceau pris individuellement n'est vraiment mauvais (même si plusieurs sont fortement dispensables). D'ailleurs j'écoute volontiers cet album, mais chaque fois mon attention s'échappe ailleurs, et Umskiptar s'étire jusqu'à n'en plus finir. (Le dernier tiers de l'album est un supplice si l'on essaye de tout écouter d'une traite.) À trop vouloir explorer le côté atmosphérique de son black metal, Vikernes s'est quelque peu égaré et il manque à Umskiptar non pas un supplément d'âme (ce truc dont je parle souvent et qui fait d'un bon album un chef d'oeuvre) mais plutôt d'une flamme.

Je ne parle pas ici de violence ou de colère (qui ne sont pas nécessaires pour faire du bon black metal), disons plutôt que la musique de Burzum manque aujourd'hui d'une feu plus vivace, d'une volonté plus forte. Le concept de vieille europe et de retour aux racines du peuple norvégien tient sûrement très à cœur à Virkernes mais ne se suffit pas. Espérons que le cru 2013 sera autrement plus intéressant.



mardi 3 avril 2012

GGUW - Gegen Gravitation und Willensfreiheit





J'emmerde les chroniques et les chroniqueurs, j'emmerde les descriptions plates et les triviales histoires de production. J'emmerde le black metal et j'emmerde les mecs qui vénèrent Euronymous ou Vikernes comme de nouvelles idoles. Il n'y a pas d'idoles, pas de culte, pas de vernis. Le black metal n'existe pas. Cette musique malade jusqu'à l'os est morte le jour où elle est née. Cette musique était morte avant même d'être née. J'emmerde la Norvège, j'emmerde la forêt, j'emmerde les loups et tous ces clichés. C'est fini la neige, c'est fini les croix inversées pour faire peur à mamie.

La seule vérité de cette musique elle tient dans 3 titres sans nom. J'emmerde le decorum, j'emmerde GGUW, de toute façon on ne les entendra plus. Le seul membre connu de ce putain de projet est mort le 10 mars dernier. Voilà où on en est.