jeudi 21 juin 2012
HELLFEST 2012 - DAY TWO
Le désavantage du camping-car c'est qu'on y dort vraiment bien. On se réveille donc tard et le temps d'aller acheter du kiri au Super , de parler metal avec la caissière et de se rendre sur le site, il est déjà 16h. Amen Ra ce sera donc pour une autre fois.
Il a plu toute la nuit et malgré des cieux plus engageants que la veille, c'est bien en bottes que nous nous postons face à la scène de la Valley, attendant de pieds fermes les italiens de Ufomammut.
Ufommamut
Le dernier Ufomammut sorti sur Neurot Recordings est bon du début à la fin. Ce qui tombe plutôt bien puisque le trio sludge-doom psychédélique a décidé de le jouer en entier. Comme à leur habitude, les mecs ne sont pas très bavards, mais comme à leur habitude, les mecs sont très sympas. On sent qu'ils sont heureux de jouer et les 50 mn du concert passent comme une longue transe heavy avant de terminer sur le massif Mindomine. Très bon concert.
Djerv
Djerv est un drôle de groupe. Premier point inquiétant : Djerv est un group de metal à chanteuse, et c'est rarement bon signe. COUCOU SHARON. Si je n'avais pas révisé un peu avant de venir, j'aurais sûrement raté ce groupe de norvégiens qui reste, je dois l'avouer, encore un mystère pour moi. Imaginez plutôt : du heavy, du rock, un soupçon de black metal (on est en Norvège après tout) tout ça avec un chant féminin oscillant entre lyrisme et cris punk. Et ça marche. Ça marche même très bien, et je ne sais toujours pas pourquoi. Le set couvre à peu près tout l'album et fini en beauté sur les deux chansons phares du groupe : Headstone et Madman.
Unsane
Malgré l'absence de Vinnie, le batteur habituel du trio, les new-yorkais ont livré un set parfait, intense. Je ne les avais jamais vus et pourtant j'avais l'impression de les revoir pour la centième fois (ou même LA MILLIÈME FOIS). Ils ont fait exactement ce qu'on peut attendre d'eux et de leur noise rock graisseux. Notons l'apparition sur scène de deux mecs masqués et torse nu : Big Business, facétieux camarades de tournée d'Unsane, eux aussi présents à l'affiche du Hellfest.
Shining
Contrairement à beaucoup de mes confrères, je suis passé totalement à côté du set de Shining. Plusieurs raisons à cela : leur passage au Trabendo il y a quelques années m'avait totalement réconcilié avec les passage les plus folk du groupes et je m'étais même fait à l'idée que les solo heavy trilili avaient leur place dans la musique du groupe. Et puis est arrivé VII - Född förlorare, dernier album en date auquel je n'ai pas accroché du tout. Premier problème. Vient ensuite la dimension de la scène, beaucoup trop grande à mon avis pour la musique de Shining. Leur black metal a beau s'enfler de heavy, je ne pense pas qu'il soit fait pour ce genre de grande scène, qui éclate leur son et le disperse un peu trop. Et puis j'avais faim. Pas un bon souvenir donc.
Saint Vitus
Tout simplement mon meilleur concert du week-end. Je m'attendais à du lourd, j'ai été plus que servi. Principalement axé sur leur tout dernier album Lillie : F-65, le set des doomeux cultes et occultes n'en oublie pas pour autant d'aller faire un tour vers les classiques d'antan comme I Bleed Black ou Mystic Lady. Le son de guitare est impressionnant de lourdeur et de clarté et Dave Chandler s'amuse comme un gosse. Seul bémol à apporter à cette heure de headbang ininterrompu, l'absence totale de morceaux tirés de Die Healing, un des meilleurs albums du groupe.
Enslaved
Ça faisait longtemps que je voulais revoir Enslaved. J'en gardais le souvenir d'un concert très sombre, bien plus oppressant que sur album. Mais entre temps Enslaved a bien changé. Des éléments progressifs ont fait leur apparition dans les compo des norvégiens et ils ne cachent plus leur velléités rock. Contrairement à celle de Shining, qui jouait tout à l'heure sur la même scène, la musique d'Enslaved s'adapte parfaitement aux grandes scènes et les mecs donnent un vrai show. Le set s'axe principalement sur Axioma Ethica Odini, le dernier album en date du groupe. Grutle Kjellson s'adresse à la foule « You always say you want some old stuff ? Is 1970 old enough for you ? » avant de se lancer dans une reprise d'Immigrant Song de Led Zeppelin. Les albums antérieurs à 2006 sont totalement ignorés à l'exception d'une très bonne surprise quand résonnent les premières notes de Allfǫðr Oðinn, morceau de 1993 présent sur le tout premier EP du groupe, Hordanes Land.
Entombed
Death'n'roll putain de merde. Une heure de tubes gras, de solo flabistouflants, Petrov se donne comme jamais et on ressort avec les cervicales défaites.
À ce point de la journée, la boue est plus molle que jamais, les averses reviennent et il commence à faire froid. C'est donc le moment idéal pour aller s'enfermer dans la moiteur de la Warzone pour voir un concert très attendu : Refused
Refused
Seize ans que les petits prodiges du hardcore-punk suédois ne s'étaient pas produits en France. Reformés en janvier après 14 ans de séparation, Refused renforce là son aura de groupe culte avec une série de concerts à travers le monde. Le set fait la part belle aux deux derniers albums du groupes, Dennis Lyxzén n'a rien perdu de son charisme et il glisse sur scène comme un Mick Jagger félin. L'énergie de ces petits rouges venus du nord est toujours là, et le sol spongieux de la Warzone se transforme vite en flaque de glaise géante sous les coups de boutoirs de Rather Be Dead ou The Deadly Rythm. Malgré la fatigue et le froid, les fan sont là et la fosse chante en choeur les hymnes qui se succèdent à un rythme effréné. On n'échappera évidemment pas à New Noise ni au rappel, Tannhaüser/Derivè. Lyxzèn rend plusieurs fois hommage au public, nous remercie encore et encore et nous dit que c'est grâce à nous s'ils sont de retour. Il nous dit aussi de rester sauvage. Et de nous habiller comme on veut. Sisi.
La deuxième journée se termine, et c'est avec un bonheur non dissimulé que nous retrouvons Jérémy, notre fidèle camping-car, qui nous attend avec des bières presque fraîches et des sandwich au salami. Merci Jérémy.
Demain, troisième et dernier jour au Hellfest, ou comment prendre 3 coups de soleil en 20 minutes.
mercredi 20 juin 2012
HELLFEST 2012 - DAY ONE
Je ne suis pas un passionné de live-report. Je n'en écris que très peu et je n'en lis jamais. Je n'en vois pas vraiment l'intérêt si ce n'est confronter son point de vue avec d'autres personnes présentes au dit concert. Comme plusieurs personnes me l'ont demandé en disant le mot magique, voilà tout de même le petit report, minimum syndical indispensable. Pour connaître le détail des setlist, cliquez sur le nom du groupe. Et merci à Linda pour les photos.
Arrivés de nuit le jeudi, on trouve une place pour le camping-car de location flambant neuf qui nous servira de QG pour les 3 jours à venir. Oui, le camping-car. Nous n'aurons pas la chance de participer aux combats de boue et aux joutes en charriots du camping cette année, y préférant le confort d'une véritable couchette et le calme des abords du Super-U clissonais.
JOUR 1 : LET IT RAIN
Après une petite vingtaine de minutes de marche le long d'une route transformée le temps du festival en immense parking à metalhead, on arrive sur le site sous un ciel couvert confirmant les dires de Joël Collado : la pluie pourrait s'inviter dès le premier jour.
Je n'étais pas retourné au Hellfest depuis 2005. À l'époque ça se déroulait au Mans, et ça s'appelait Fury Fest. C'était mon tout premier festival et j'avais aimé l'ambiance bon enfant d'un fest qui malgré une prog couillue parvenait à garder une échelle humaine. D'échelle humaine il n'est ici plus question puisque le Hellfest est devenu une énorme machine rutilante, aux scènes imposantes et multiples : 2 Mainstage côte à côte alternant les plus grosses têtes d'affiche, un immense chapiteau regroupant The Altar (death/grind) et The Temple (black metal) ainsi que deux scènes couvertes plus petites, la Warzone (hardcore/punk/crust) et la Valley (stoner/doom).
Un site immense donc mais qui s'avère en fait très bien foutu et qui nous fait très vite nous sentir comme à la maison. Parmi les multiples stands de bouffe et les nombreux bars, on notera notamment le petit bois planqué derrière la Warzone, sorte de cimetière des éléphants saouls qui cache en son sein un bar à vin, des jambons braisés et un putain de bar à huîtres.
Côté déco, les lampes de bureau géantes côtoient des brasiers rouillés et d'immenses structures de métal pour un rendu Mad Max vraiment sympa. La pluie n'étant pas au rendez-vous, on profite des premiers concerts de la journée en dégustant les premiers pichets de bière.
Côté déco, les lampes de bureau géantes côtoient des brasiers rouillés et d'immenses structures de métal pour un rendu Mad Max vraiment sympa. La pluie n'étant pas au rendez-vous, on profite des premiers concerts de la journée en dégustant les premiers pichets de bière.
Pas le temps de s'échauffer, on commence par le black metal des allemands d'Endstille. Une chose est sûre, les mecs n'ont pas cédé aux tentations d'indus, de post-rock ou de shoegaze à la mode ces dernières années. Le set compact balance 6 morceaux de black metal old school très proche de ce qu'a pu faire Marduk à une époque. Un peu chiant (comme sur album), on notera quand même un très bon World Aflame pour clôturer le set, sublimé par la croix inversée géante illuminant la Temple.
Gorod
Endstille à peine terminé, les bordelais de Gorod prennent le relais sur la scène d'à côté. N'étant pas un grand fan de death metal technique, je suis le set efficace d'une oreille en préparant mon petit planning de la journée.
Endstille à peine terminé, les bordelais de Gorod prennent le relais sur la scène d'à côté. N'étant pas un grand fan de death metal technique, je suis le set efficace d'une oreille en préparant mon petit planning de la journée.
Premier grand nom à croiser ma route ce week-end, les anglais de Discharge, papes du D-beat et un des groupes les plus influents dans le milieu du metal. Crust, death, black, rock, nombreux sont les groupes à se revendiquer de Discharge, qui malgré l'âge avancé des protagonistes propose un set enragé principalement axé sur les 2 premiers albums du groupe. Culte.
Voir Orange Goblin c'est un peu comme voir le père Noël, enfin j'imagine. Les anglais ont fait exactement ce que j'attendais d'eux en puisant dans leur large répertoire stoner, alternant quelques morceaux de leur dernier album avec des standards comme They Come Back. Un premier concert sous le chapiteau de The Valley et une bonne surprise en terme de clarté du son, souvent le gros défaut en festival.
Taake
Taake
Le dernier album de Taake, Noregs, Vaapen, est une des meilleures choses qui soient arrivées au black metal en 2011. J'attendais avec impatience de voir ce que Hoest pourrait nous proposer en concert. Puissant et épique, le set est à l'image du dernier album. Le son est chaotique juste ce qu'il faut et Hoest assure le show : arrivé comme à son habitude drapé dans le drapeau norvégien, il nous gratifie même d'une reprise de Die When You Die de GG Allin.
Et là catastrophe : la pluie débarque. Le sol de terre et de paille étonnamment mou par endroit se transforme en une jolie boue collante, Turbonegro enflamme la Mainstage et le premier kebab acheté sur place a le goût amer de la défaite. On se réfugie au bar VIP où de jolies teen habillées comme desputesteen distribuent des shot glacés de Jägermeister, ce qui sera suffisant pour nous réchauffer. On remet le nez dehors pour aller voir un des meilleurs concerts de tout le fest :
Cannibal Corpse
Ce qui est bien avec le death metal de Cannibal Corpse, c'est que c'est à la fois clinique, drôle, ultra-violent et aussi totalement dansant. Ma photographe attitrée, plutôt habituée à du Bon Iver, se jette en avant dans la fosse sourire aux lèvres, fascinée par le headbang ventilateur de George Fisher. On sautille, on headbang et les soixante minutes du set filent à la vitesse du blast de Paul Mazurkiewicz. Ravi je suis car les mecs ont décidé de jouer mes deux morceaux préférés : le cultissime Hammer Smashed Face ainsi que le très doux I Cum Blood.
Satyricon
22:25, Cannibal Corpse s'arrête. 22:30, Satyricon commence. J'adore Satyricon. D'ailleurs je les avais déjà vus à Paris avec Shining et j'avais adoré. Mais là grosse déception. Je ne saurais pas dire s'il s'agit du son plat, de la setlist attendue ou de la paresse générale du groupe, mais pas de quoi s'attarder sur les norvégiens. Notons quand même un beau Mother North qui s'arrache de la torpeur générale, c'est déjà ça.
Et là catastrophe : la pluie débarque. Le sol de terre et de paille étonnamment mou par endroit se transforme en une jolie boue collante, Turbonegro enflamme la Mainstage et le premier kebab acheté sur place a le goût amer de la défaite. On se réfugie au bar VIP où de jolies teen habillées comme des
Cannibal Corpse
Ce qui est bien avec le death metal de Cannibal Corpse, c'est que c'est à la fois clinique, drôle, ultra-violent et aussi totalement dansant. Ma photographe attitrée, plutôt habituée à du Bon Iver, se jette en avant dans la fosse sourire aux lèvres, fascinée par le headbang ventilateur de George Fisher. On sautille, on headbang et les soixante minutes du set filent à la vitesse du blast de Paul Mazurkiewicz. Ravi je suis car les mecs ont décidé de jouer mes deux morceaux préférés : le cultissime Hammer Smashed Face ainsi que le très doux I Cum Blood.
Satyricon
22:25, Cannibal Corpse s'arrête. 22:30, Satyricon commence. J'adore Satyricon. D'ailleurs je les avais déjà vus à Paris avec Shining et j'avais adoré. Mais là grosse déception. Je ne saurais pas dire s'il s'agit du son plat, de la setlist attendue ou de la paresse générale du groupe, mais pas de quoi s'attarder sur les norvégiens. Notons quand même un beau Mother North qui s'arrache de la torpeur générale, c'est déjà ça.
La journée se termine un peu froidement, mais Amon Amarth, groupe de death viking habitué du Hellfest est là pour réchauffer un peu tout ça. Tous les classiques y passent : Death In Fire accompagné de flammes immenses dignes d'une entrée du Stade Français, Fate Of Norns, Pursuit of the Vikings, jusqu'à un final pyrotechnique épique. Fouettés de toute part par les cheveux longs et humide d'une hordes d'apprentis-viking, je me souviens du premier concert d'Amon Amarth au Fury Fest en 2005 dans une petite salle étouffante et je me dis que si ce festival à bien changé, il est resté fondamentalement le même. Après avoir versé une larme dans ma bière, on décide de rentrer voir Jérémy, notre camping-car, pour un débrief de la journée.
Hellfest is back, et demain je mets mes bottes.
Hellfest is back, et demain je mets mes bottes.
lundi 11 juin 2012
Foetusfoetus présente Lave Noire
![]() |
| www.peterbeste.com |
Si je m'autorise parfois quelques écarts sous la forme de mixtape, je tiens vraiment à ce que foetusfoetus demeure un blog de chroniques et rien d'autres. Je tiens aussi à chroniquer autre chose que du black metal, bien que ce style occupe une place de choix dans mon petit <3 tout noir.
Aussi, pour vous faire partager plus de choses de manière plus simple et directe, je vous propose d'aller jeter un oeil de temps à autre sur Lave Noire, un tumblr consacré au metal noir où vous trouverez régulièrement des vidéos ainsi que des stream d'albums de black metal. Tenu par Clémence (c'est elle) et Clément (c'est moi), Lave Noire c'est aussi un compte twitter, parce qu'on est de la Génération Y ou on ne l'est pas enfoiré.
vendredi 8 juin 2012
Mgła - With Hearts Toward None
Avec Mgła pas de surprise donc. Le duo nous avoine avec un beumeu bien frais, toujours mélodique, que ce soit dans ses cavalcades les plus folles ou dans ses instants de lente souffrance. C'est carré, les boucles harmoniques se répètent à n'en plus finir et le chant bien raw fait le boulot, pour un résultat necro comme on aime.
On ne va pas se mentir, on se fait vite chier avec With Hearts Toward None, notamment parce que ça manque de folie. Malgré la qualité technique, les compositions bien ficelées et quelques petites prises de risques, on reste dans du primitif, divertissant et même assez plaisant, mais rien de plus.
Wreck and Reference - No Youth
En janvier j'étais revenu avec un peu de retard sur la première sortie bruyante de Wreck and Reference, Black Cassette, sortie que j'avais eu un peu de peine à placer sur le grand échiquier musical tant le son des californiens est riche et varié.
Le lo-fi electronic doom dont ils se réclament se manifeste dans les faits par une entité noise furieuse avec laquelle se débat le spoken word incantatoire d'un David Tibet et les hurlements black metal. Tout comme Black Cassette, Wreck and Reference erre dans un labyrinthe et nous perd totalement dans sa folie. J'avais évoqué Mount Eerie, une impression qui se confirme à l'écoute de No Youth, notamment par cette manière très proche de faire advenir le chaos, à coup de splash cymbal résonnantes et de guitares aigües lancinantes. À la seule différence que WaR a été nourri au metal, et que l'épaisseur de morceaux comme Inverted Soul injecte une menace et un danger étrangers à Phil Elverum.
On peut aussi penser au screamo moderne que peuvent fournir des groupes comme Beau Navire ou Loma Prieta, mais dépourvu de tout vernis, sali, torturé. No Youth est en fait une symphonie complexe qui vous demandera -c'est indispensable- plusieurs écoutes attentives pour en saisir toutes les subtilités.
Finalement, le mieux avec Wreck and Reference, c'est de l'écouter et de se taire.
lundi 21 mai 2012
Occultation - Three & Seven
Witchcraft le chante depuis assez longtemps, plus récemment c'est Ghost ou Sabbath Assembly qui nous avait prévenus, la mode est au revival 70's. Black Sabbath en tête de cortège des influences, Occultation s'inscrit totalement dans cette mode poussée à l'extrême, ce mimétisme bardé d'encens et de mystique à capuche en balançant un retro-metal qui tape à la fois dans le doom à la papa, le gothic-rock #d4rk et le psychédélisme gavé de reverb.
La reverb omniprésente est sûrement ce qui va d'ailleurs décourager un grand nombre d'entre-vous. Ça et le fait que la production tente de reproduire un brillant effet de grotte immergée qui repousse les guitares vers des profondeurs abyssales, loin sous des couches d'ondulations qui amollissent l'ensemble et peuvent, au début en tout cas, laisser perplexe.
Three and Seven s'avère en fait être non pas aérien mais aquatique. La force des 2 chants féminins compense le manque de hargne et de lourdeur des cordes et si par malheur on se laisser ferrer par ce chant des sirènes, on peut très vite être entraîné vers des abîmes où il ne fait pas bien chaud. C'est tout le mal que je vous souhaite.
mardi 15 mai 2012
Crocus - Our Memories Dress Me In A Dead Lust
Crocus joue le screamo que joueraient aujourd'hui les anciens membres d'Orchid s'ils étaient liés de manière incestueuse et un peu sale avec The Fall of Troy et Beau Navire. Le talent des premiers pour agréger ultra-violence et mélodie aiguisée dans un seul riff, confronté aux arpèges jazz des espiègles seconds, sans jamais se départir du flegme délicat des derniers.
J'avais longtemps cherché le frisson d'Orchid dans les nouveaux projets des anciens membres du groupe culte de la scène screamo, mais ni Ampere ni Panthers n'ont su retrouver ce que Crocus semble posséder sans effort, à savoir ce riffing aigu bien particulier et cette violence débridée qui entraîne chaque couplet dans une tempête de caisse claire.
Malgré les appels flagrants à Orchid ou Pg.99, les anglais savent marquer cet album d'une touche personnelle, et notamment par la richesse du jeu des guitares, la précision de la batterie malgré le chaos quasi-permanent, et un mix au poil qui laisse entrevoir la basse juste ce qu'il faut. Compact, maîtrisé, ça sort chez Holy Roar Records et ça s'écoute juste là :
Malgré les appels flagrants à Orchid ou Pg.99, les anglais savent marquer cet album d'une touche personnelle, et notamment par la richesse du jeu des guitares, la précision de la batterie malgré le chaos quasi-permanent, et un mix au poil qui laisse entrevoir la basse juste ce qu'il faut. Compact, maîtrisé, ça sort chez Holy Roar Records et ça s'écoute juste là :
jeudi 10 mai 2012
1=0 - Forteresse EP
Forteresse fait suite à l'excellent Sec, premier album des parisiens de 1=0. Et comme son prédécesseur, l'EP s'engage dans la veine sèche et coupante du rock français intelligent. A priori je pourrais vous refaire sensiblement la même chronique que pour l'album précédent : compositions recherchées, textes vifs et phrasé scandé, Diabologum et (Ex)périence en embuscade etc.
Quelques petites nuances cependant sont perceptibles sur les courtes 13 minutes de l'EP. Un chant clair plus classique fait son apparition sur Tue-le avec un morceau rock carré, moins fou que ce à quoi nous avait habitué 1=0 mais assez bien foutu pour mettre en avant la lourdeur et la puissance du groupe. Quatre morceaux qui jouent donc plus sur l'énergie et l'intensité rock que sur les expérimentations. Entêtant, cru, 1=0 est définitivement le visage du rock français actuel , en tout cas celui dont on aimerait se souvenir dans 30 ans.
Toutes les infos ici : www.unegalzero.com
samedi 5 mai 2012
Marilyn Manson - Born Villain
Je n'attends plus rien de Marilyn Manson. J'ai déjà reçu tout ce que je pouvais espérer de lui. Le malaise épais de Portrait of an American Family et Smells Like Children, la géniale trilogie Antichrist Superstar, Mechanical Animals, Holy Wood et même un revirement pop-rock réussi avec Eat Me, Drink Me. Je n'attends plus rien de Manson parce qu'une grande part de la fascination qu'il exerçait sur moi a disparu après Holy Wood, quand MM est devenu humain. Cet album est pour moi le véritable chef d'œuvre de Manson, le point final d'une carrière mouvementée qui a tué l'Antichrist et n'a laissé que cendres et poussière derrière lui.
Après la parenthèse entertainment The Golden Age of Grotesque où Manson assumait pleinement son rôle d'amuseur public et de bête de cirque, il avait réussi à se réinventer en dévoilant pour la première fois son véritable visage, celui de Brian Hugh Warner, dans le romantique Eat Me, Drink Me. Difficile à partir de là de concevoir une suite au projet Marilyn Manson. La perversité, la crasse et la provocation élaguées, il ne reste à Manson que son petit être, ses peines de cœur, ses craintes, celles d'un homme normal, au mieux d'une rockstar égocentrique. L'échec total qu'est The High End of Low a néanmoins le mérite de fermer la parenthèse romantico-Caroll-Burtonienne du plus mauvais goût et vient une fois de plus tuer Manson pour mieux le faire renaître. Le résultat de cette renaissance s'appelle Born Villain.
Je n'attends plus rien de Marilyn Manson car il n'est plus envisageable pour lui aujourd'hui de ressortir les brulôts du passés. Maintenant qu'il est redevenu un homme comme les autres, Manson doit se battre contre la tentation de la facilité et se démerder comme la rockstar qu'il est pour sortir des albums de qualité. Pas des chefs d'œuvre habités, hantés par un souffle mystique, non, juste de bons albums de rock, ce qu'il réussit plutôt bien avec Born Villain. On ne trouve pas de thèmes forts comme auparavant, pas de déguisement, on sent que MM a totalement assimilé la mort de ses avatars et que c'est maintenant lui qui se livre à l'auditeur. Ne reste que la musique.
Born Villain tire un trait sanglant sur la mauvaise pop de l'album précédent et ce dès l'entrée en matière, avec l'enragé Hey, Cruel World... doigt d'honneur toutes guitares dehors, comme une profession de foi, marquant le retour à une musique plus véhémente. Je me représente cet album comme un Mechanical Animals SM, brut, punk, moins ambitieux, mais efficace. On pense aux Stooges (The Gardener), à Killing Joke (Overneath the Path of Misery) et on s'attache vite à ces 14 pistes à la fois très simples mais accrocheuses. On retrouve aussi des morceaux comme Murderers Are Getting Prettier Every Day, pas le plus réussi mais bel exemple de la rage retrouvée et de l'envie d'en découdre du Révérend en 2012. Quant à Breaking The Same Old Ground elle remet au goût du jour les ballades d'Antichrist Superstar comme The Man That You Fear, mais passées au filtre du nouveau Manson rock découvert sur Eat Me, Drink Me.
Le groupe Marilyn Manson n'a rien perdu de son talent pour composer de bons morceaux et on est donc face à un bon album de rock. Reste à savoir si MM plaira autant à ses fan de la première heure maintenant que sa musique à repris une taille humaine, maintenant le supplément d'âme dont je parle souvent a disparu, maintenant que Manson fait du rock, rien que du rock.
vendredi 4 mai 2012
Extra Life - Dream Seeds
Il y a 2 ans, à l'occasion de la sortie de Made Flesh, deuxième album d'Extra Life, je m'étais fendu d'une chronique mathématique où j'essayais de schématiser au mieux la musique du quatuor (aujourd'hui trio) de Brooklyn. J'en étais arrivé à l'équation suivante :
EXTRA LIFE = (Maynard. J. Keenan + the Shaggs) x (Chevreuil+Battles/Current 93)
Si ce schéma convient à Made Flesh, il va falloir que je trouve mieux pour le concept-album qu'est Dream Seeds, même si les bases sont toujours là. Les sept titres évoluent tous autour d'un thème double, à savoir le rêve et l'enfance, que le groupe malmène et distord en y insufflant cette ambiance mélancolique et sombre, ici encore plus travaillée que sur le précédent opus.
Cette fausse sérénité, cette simplicité enfantine doucement contaminée par une menace sourde, est palpable dès l'ouverture de l'album. La contine acoustique qu'est No Dreams Tonight est vite interrompue par la basse lancinante et les roulements de toms de Righteous Seed, morceau énergique et tendu marquant une direction forte sur ce dernier album, à savoir une posture pop bien plus présente qu'auparavant. Arrive Little One, un morceau charnière qui malgré une entame classique de ballade piano/voix s'enrichit progressivement d'arrangements de cordes sublimes et offre une fin tout simplement magistrale.
Là, l'album franchit un cap et Extra Life se pare de sa plus belle pop tout en revenant aux basiques qui ont fait leur succès (et leur identité), dissonances, syncopes, basses agressives et chant lyrique et médiéval improbable. First Song est une pépite de songwriting, les mélodies complexes ne nous ont jamais autant parues naturelles et l'intensité des dialogues entre guitares, synthé et cordes est éblouissante.
Cette tendance pop (tout du moins dans les structures et les recherches mélodiques) se fait plus discrète sur les deux derniers titres. Blinded Beast, pièce massive d'un quart d'heure est à mon avis le meilleur morceau de l'album. La pop laisse la place à un math-rock asthmatique infecté par des synthés, du clavecin, et marquée par un refrain aux harmonies de voix parfaites.
Ten Year Teardrop clôt l'album et prouve encore une fois le talent d'Extra Life pour instaurer couche après couche une tension et un malaise, mêlant bruit pur et lyrisme cristallin.
Un des meilleurs albums de 2012 à n'en pas douter.
Un des meilleurs albums de 2012 à n'en pas douter.
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